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Mercredi 20 décembre 2006

Le documentaire de Michel Royer et Karl Zéro, "Dans la peau de Jacques Chirac," vient de sortir en DVD. J'ai donc ressortis du placard un texte que j'avais écris en mai dernier pour le MJS 84, à l'occasion de sa sortie au cinéma:

 

"Le Menteur doit avoir bonne mémoire" disait Quintilien...

Nous aussi!

Serez-vous d'accord pour dire que le cinéma, synecdoque de l'art en général, est un peu un sismographe qui enregistre les chocs et tremblements de la société qui le génère ? Et que plus il y a de films engagés, de documentaires partisans, de courts-métrages décoiffants, plus il est à voir une situation malaisée de notre société ? Eh bien aujourd'hui - et ce n'est pas moi qui le dit, c'est Courrier International - «  le cinéma engagé vit un moment d'agitation féconde. » Et s'il fallait donner un ordre de grandeur, en jaugeant la situation à partir de la création, du bouillonnement, de l'effervescence, de l'émulation cinématographique, on placerait sans doute l'aiguille à 5, 6 voire même 7 sur l'échelle de Richter. Est-ce à dire que le monde va mal ? Je le pense. En tous cas, le cinéma politisé, lui, se porte à merveille. Et c'est un délice pour nous, cinéphiles, cinéphages et citoyens.


Parcourez les dernières gazettes et vous découvrirez une Afrique abattue par tous les maux du monde certes, mais une Afrique sur le devant de la scène (on les dénonce, enfin, ces fléaux, grâce notamment à ce qui constitue peut être un quadriptyque devenu populaire « le cauchemar de Darwin/Constant gardener/Lord of war/Shooting dogs »). L'Italie se rebelle, après avoir été bâillonnée, elle aussi. Après son brillantissime « Viva Zapaterro », elle nous offre une « déclaration de guerre totale contre la connerie humaine » avec le dernier film de Nanni Moretti. Outre manche et outre-atlantique aussi, ça fourmille : l'Angleterre, les Etats-Unis, l'Amérique du Sud mais n'oublions pas pour autant... la France.


Parce que chez nous, semble-t-il, ça ne va pas bien non plus. Crise sociale, crise institutionnelle, crise politique: le cinéma en profite et se « saisit d'un espace de parole déserté par les politiques pour se faire les porte-voix ou les symboles de la contestation » et c'est tant mieux (même si on aimerait que la politique réinvestisse cet espace, rapidement). On a eu « 9m2 pour deux » (épatant), « sauf le respect que je vous dois », « ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés » ...


Pour autant, ce n'est pas vraiment un film politique; la gazette l'annonce même comme un film « apolitique ». Ce n'est pas non plus un drame familial à pleurer avec en filigrane, la dénonciation d'un système libéral qui tue les petites gens ; notre film est qualifié par Karl Zéro de « docu-marrant ». C'est juste, histoire de le marquer au fer rouge afin qu'il reste dans les annales, le portrait du plus grand comédien de tous les temps, la biographie de celui qui crève nos affiches au MJS et dont le nom est aujourd'hui indissociable du mot « menteur », les deux réunis frisant la redondance voire le pléonasme :


Môssieur Karl Zéro et son acolyte Michel Royer nous proposent une heure et demi pour s'en payer une tranche et on a décidé de rire un peu, en ces temps maussades et insipides. Voici la bonne annonce, pour vous allécher...



Ce n'est peut être pas un film politique, au sens littéral du terme (Michel Royer s'en défend) mais c'est malgré tout « un film sur la politique, le cynisme, la cruauté, la violence et le rire qui vont avec » et ça suffit pour donner à réfléchir. Et puis, surtout, quand on aura fini d'en rire, ça permettra de ne pas zapper. C'est aussi à ça que ça sert le cinéma : dans une société qui a la mémoire courte, il faut stimuler nos acétylcholines. Le septième art fait office de Ginkgo Biloba. Les anecdotes du film resteront dans la mémoire collective et, espérons le, dans la mémoire de nos dirigeants. Attention messieurs, nous sommes des citoyens avertis. On ne nous la fait pas deux fois ! Et puis si jamais on a la mémoire qui flanche, au printemps prochain, on se les repassera donc, ces pense-bêtes, sur des écrans géants, à la fac, dans les quartiers, sur les grands' places pour que cette fois, cette fois, juré, on n'oublie pas.


Date de sortie : 31 Mai 2006  - Réalisé par Michel Royer, Karl Zéro - Avec Jacques Chirac, Didier Gustin - Film français - Genre : Documentaire - Durée : 1h 30min -  Année de production : 2005

Par Claire
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Samedi 30 décembre 2006

On m'a, un jour, conseillé un livre. J'ai envie de le recommander à mon tour. (1)




Une référence, simplement. Le livre qui a confirmé mes réserves. Le livre que chacun devrait avoir lu pour préparer le CAPES ou l'agrégation. Le livre que tout parent devrait faire circuler. Celui que tout ministre de la rue de Grenelle devrait utiliser. Celui qui apaise les sempiternels conflits entre l'opinion publique et ceux que l'on dénomme communément comme une entité unique: « les profs ». Celui qui propose des alternatives, des réformes et qui en explique les objectifs. Celui qui livre un témoignage, sans parti pris, de ce qu'est une vie de prof. Bref, celui qu'il faut lire, vite.


« Ce livre est un récit de voyage. Vingt ans après le retentissant Tant qu'il y aura des profs, Hervé Hamon a repris le chemin des Collèges et des Lycées. Il a retrouvé ses interlocuteurs de jadis. Il a écouté de jeunes enseignants et leurs élèves. Des experts français et étrangers. Des représentants syndicaux. Au fond des classes, il a partagé des journées entières, la vie des élèves.

La force du livre réside dans les paroles multiples et contradictoires qu'il a recueillies. Les contrastes sont saisissants entre les propos militants ou désabusés de "salle des profs" et les confidences en tête à tête. Entre le discours public et la pensée profonde...


Le gâchis d'une institution sans véritable gestion des "ressources humaines" apparaît dans toute sa splendeur. Voyez dans le chapitre "casting" les hallucinantes histoires de Laurence Devillairs, de Myriam Garance et de Joëlle Dantec. Sous prétexte d'interchangeabilité des enseignants, les talents sont méconnus et des personnalités brisées.


Voyez les trois pages (205 à 207) consacrées aux quelques journées que l'auteur a passées au fond d'une "vraie classe". Elles sont criantes de vérité. Elles expliquent bien des échecs : "Moi qui suis bon public, je témoigne qu'installé de cette manière, étourdi de tant d'heures torrentielles, barbouillé de changements de décor et d'intrigue éclair, les chances de s'émerveiller sont faibles... ".

En vingt ans, les choses ont bien changé : "La banlieue, c'est pire, mais le Collège, c'est mieux. L'enseignement professionnel, c'était un parking à chômeurs et, aujourd'hui, c'est là que ça bouge. Quant aux lycées, ils produisent deux fois plus de bacheliers, mais ils les discriminent. L'Ecole n'est pas juste avec les plus démunis. Elle n'est pas juste avec les filles (qui sont pourtant les meilleures élèves). Elle oriente mal et hypocritement. Elle crée, sous la pression de parents consommateurs, des zones de relégation. Les Français exigent le meilleur établissement pour leur rejeton. Mais surtout pas pour celui du voisin."


Et pourtant, que de talents et d'inventivité, surtout, dans les zones les plus "en difficulté". C'est le laboratoire de l'école future. Mais la périphérie pourra-t-elle se faire entendre du centre ? » (2)


Notes et références:

(1) Tant qu'il y aura des élèves, Hervé Hamon, Seuil, 2004 ou Points, 2006.

(2) Résumé par Publimath.




Par Claire
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Mardi 2 janvier 2007


Il est plus de minuit, je rentre du cinéma, boulversée mais enthousiaste, atterrée mais optimiste, endolorie mais vivante.

Ce cocktail d'émotions, ces impressions oxymoriques font la force de ce film juste (1) qui, loin de tout manichéisme, dénonce l'un des premiers vices de l'homme: notre incapacité à communiquer. Entre membres d'une même famille, entre citoyens d'un même pays, entre peuples d'un même monde.

La Bande-Annonce esquissait déjà le sujet: "Au commencement, tout le peuple du Seigneur se servait de la même langue. Rien ne lui était impossible. Craignant ce que pouvait réaliser l'homme, le Seigneur dit: "Descendons et brouillons leur langue qu'ils ne se comprennent plus."

C'est comme si tous les maux du monde partaient de là: le mépris, la souffrance, le rejet, la vengence, la violence, la haine, l'égoïsme, le racisme, l'ostracisme, la solitude.

La parabole est tout simplement magnifique. Vous pouvez regarder la bande-annonce mais j'ai envie de vous conseiller d'aller voir le film, directement, sans ne rien connaître d'autre que le point de départ: l'histoire de la tour de Babel.




Bande Annonce Babel VOST
envoyé par iago1969


Notes:

(1) Babel, réalisé par Alejandro González Inárritu avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Gael Garcia Bernal
Durée : 2h 15min. Sortie le 15 novembre 2006.


Par Claire
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Jeudi 4 janvier 2007



J'ai juste envie de vous conseiller l'émission "N'ayons pas peur des mots", animée par Samuel Etienne sur Itélé du mardi au vendredi de 19h34 à 20h20.




J'aime beaucoup cette émission car même si les débats portent sur des points d'actualité très précis, on parle finalement idéologie, orientations, principes.


Et on ne peut alors nier que les clivages existent.

Samuel Etienne l'a compris et place à sa gauche deux invités apparantés de gauche qui font face à deux intervenants apparantés de droite.

Je trouve cette confrontation d'idées plutôt saine et très instructive pour le téléspectateur qui réalise que la politique est aussi affaire d'idées et de convictions.

L'émission de ce soir, 4 janvier 2006:

Razzye Hammadi est un invité récurrent. Il vient d'ailleurs ce soir de faire une très bonne prestation: mesurée, avec des arguments convaincants et des exemples précis sans manquer pour autant d'enthousiasme et de passion. 

Je surveille dailymotion, en espérant que quelqu'un podcastera l'émission. Dès que je la trouve, je la mettrai sur ce blog. A très vite...

Notes:

Rediffusions
le lundi, mardi mercredi jeudi 21:40 / 00:40 / 04:40 / vendredi 21:40 / 00:40.


Par Claire
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Vendredi 12 janvier 2007















L' EMBRASEMENT,
ce soir (20.45) sur Arte

Réalisateur : Philippe Triboit 
Auteurs : Marc Herpoux, Philippe Triboit
Acteurs : Thierry Godard, Nathalie Besancon, Slimane Hadjar
Producteurs : CINETEVE

Retour sur la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois qui a provoqué les émeutes de l'automne 2005. Une autopsie du drame en forme de fiction, qui dénonce le mensonge d'État et explore avec acuité la crise des banlieues.

Le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-bois, trois jeunes garçons affolés parce que poursuivis par la police, trouvent refuge dans un transformateur électrique EDF. Deux d'entre eux, Bouna 15 ans et Zyed 17 ans, vont mourir électrocutés, le troisième, Muhittin, va miraculeusement survivre à ses brûlures.
Que s'est-il réellement passé ? 

Le film interroge ces événements et propose par le biais de la fiction une réflexion sur l'exercice du pouvoir et le fossé qui se creuse entre les jeunes de banlieue et le politique. 

La diffusion du film sera suivie d'un débat à 22h05 avec:

- M. Azouz Begag, Ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances
- M. François Pupponi, Maire de sarcelles
- M. Samir Mihi, Porte-parole « AC le feu », président d’ « Au-delà des mots»
- M. Bruno Beschizza, Secrétaire général « Synergie officiers de police »
-  Dr Stephan Luft, politologue, Université de Brême


Pour plus d'informations (bande-annonce, forum, revue de presse, téléchargement locatif), connectez-vous au site d'arte:



Par Claire
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Vendredi 23 février 2007



Ma France à moi elle a des halls et des chambres où elle s'enferme,
Elle est drôle et Jamel Debbouze pourrait être son frère,
Elle repeint les mures et les trains parce qu'ils sont ternes
Elle se plait à foutre la merde car on la pousse à ne rien faire.
Elle a besoin de sport et de danse pour évacuer,
Elle va au bout de ses folies au risque de se tuer,
Mais ma France à moi elle vit, au moins elle l'ouvre, au moins elle rie,
Et refuse de se soumettre à cette France qui voudrait qu'on bouge.
Ma France à moi, c'est pas la leur, celle qui vote extrême,
Celle qui bannit les jeunes, anti-rap sur la FM,
Celle qui s' croit au Texas, celle qui à peur de nos bandes,
Celle qui vénère Sarko, intolérante et gênante.
Celle qui regarde Julie Lescaut et regrette le temps des Choristes,
Qui laisse crever les pauvres, et met ses propres parents à l'hospice,
Non, ma France à moi c'est pas la leur qui fête le Beaujolais,
Et qui prétend s'être fait baiser par l'arrivée des immigrés,
Celle qui pue le racisme mais qui fait semblant d'être ouverte,
Cette France hypocrite qui est peut être sous ma fenêtre,
Celle qui pense qui pense que la police a toujours bien fait son travail,
Celle qui se gratte les couilles à table en regardant Laurent Gerra,
Non, c'est pas ma France à moi, cette France profonde...
Alors peut être qu'on dérange mais nos valeurs vaincront...
Et si on est des citoyens, alors aux armes la jeunesse,
Ma France à moi leur tiendra tête, jusqu'à ce qu'ils nous respectent.



Par Claire
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Jeudi 8 mars 2007

... mais c'est très bon.

Rjd2 - Ghostwriter.



Par Claire
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Lundi 26 mars 2007
Fais chier, on va rater la séance! Déjà qu'on est samedi et en plus, on va voir le film qui est en première page de la gazette... C'est sûr, y aura une queue jusqu'au petit porche... et puis avec ce foutu Mistral, évidemment que tout le monde veut se faire une toile. T'es chiant, hein! On aurait pu partir plus tôt! T'avais besoin de mater ce ****** de match!

Ca commençait mal. On a appréhendé les premières images du film en se faisant la gueule, les yeux rivés sur l'écran, les sourcils froncés et les dents serrées. Mais déjà, le regard espiègle du petit Pramod a adoucit le nôtre, de regard. Ces milliers d'orphelins indiens avec des sourirs pleins de dents, ces bidons-villes chamarrés, la moiteur des nuits blanches de Jacob. On a plongé au coeur de l'Inde, tout en s'effleurant du coude.

Et puis, le cadre change. Jacob quitte l'Asie (quelques jours seulement, il a promis d'être là pour les sept ans de Pramod!) et part rencontrer Jorgen, un millionnaire Danois qui veut faire un don à son orphelinat. On passe d'un continent barbouillé et courageux, d'images saturées de couleurs et de sons à un paysage clair et sobre.

On rencontre alors ce charismatique Jorgen. Insaisissable. A la fois bon père de famille, tendre avec son épouse, apprécié de ses employés et de ses collègues... mais presque insensible quand il s'agit de poser un regard sur le reste du monde. Il n'a pas l'air particulièrement chamboulé par les images que lui montre Jacob. Il découvre pourtant là une réalité crue, à mille lieux de la sienne.

A partir de là, le film bascule dans une intimité. On passe de la fourmilière indienne vue du ciel au coeur d'un foyer familial nordique, avec ses secrets, ses émotions, son amour, incommensurable.

Le personnage de Jorgen s'étoffe. Le voile se lève, petit à petit. Et la douleur mais aussi la fureur de vivre nous envahissent. On a les yeux mouillés et on essuie d'un revers de main encore sec nos joues piquantes. Nos paumes moites se touchent et on enlace à présent nos doigts crispés.

Retour en Inde. On retrouve Pramod qu'on a tellement eu peur de ne pas revoir. Ses yeux sont pleins de malice. Sa moue, adorable. Son anglais, si mignon.

On sort d'Utopia, enlacés, la gorge nouée, mais le coeur décidé à aimer. Pas seulement nous aimer, nous deux...

On le fera un jour, hein? On se l'est toujours promis... Quand est-ce qu'on l'adopte cet enfant?

Ah, le septième art!


After The Wedding Bande annonce trailer
envoyé par yokatai

Par Claire
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Lundi 2 avril 2007
... Wax Tailor qui sort un nouvel album cette semaine, Hope and Sorrow.

Voici un aperçu de leur premier opus, Tales of the Forgotten Melodies:




Et puis, il y a Chinese man, aussi...

 

A votre tour, dites-moi ce que vous écoutez en ce moment. Conseillez-moi. J'ai une fringale de nouveauté et suis pour l'instant insatiable... et puis, je viens de recevoir mon salaire.

Par Claire
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Mardi 26 juin 2007


Je suis très recyclage moi en ce moment.




Je ne parle pas seulement du recyclage des différents matériaux qui nous entourent - ça fait longtemps que je privilégie le petit sac réutilisable et le cabas de grand-mère à ces méduses en plastiques que l'on retrouve perchées dans les arbres aux alentours des centres commerciaux. Je ne parle pas non plus du verre (qui s'accumule et envahit le placard sous mon évier) ou du papier (on les a enfin obtenues, ces poubelles bleues au collège qui vont offrir une  deuxième vie à ces brouillons de Brevet, ces photocopies de relevés de notes et ces tonnes de notes administratives périssables.)

Non, je parle du recyclage de chansons, ou de films.

Je pense notamment au dernier et jubilatoire Tarentino, que Jocelyn a si bien analysé (consultez son article qui lui aussi est jubilatoire). Car plus encore que la réal' ou le jeu d'acteur, ce que j'ai aimé dans Death Proof, c'est que ce déjanté génial ait à nouveau fait du neuf avec du vieux.

Car c'est devenu une constante. Tarentino a le don de transcender ce qui existe déjà, tant au niveau du cinéma (dans Death Proof, il sublime le cinéma B des années 70; dans Kill Bill, il s'attaquait au genre particulier des films de combat) que de la musique.

Je réalisais récemment, en consultant ma discothèque, qu'aucun autre réalisateur n'avait réussi à me faire acheter autant de BO. C'est sans doute grâce au nouveau souffle qu'il insuffle à de vieux standards. On se souvient tous de "Bang Bang". Ma tante me chantait la version française (celle de Sheila, en 1966, #1) pour m'endormir. Elle était un peu ring' cette version d'ailleurs (même si dans mes doux souvenirs, elle m'apaisait réellement). Et lui, prestidigitateur,  nous en fait une musique de générique bluffante et inoubliable dans Kill Bill (#2). Il y a aussi "About her" que j'avais découverte dans mon adolescence avec Santana. Tarentino déboule avec la version plus éléctro et chill-out de Malcolm McLaren et puis là, depuis Death Proof, je me passe en boucle le "Baby it's you" de Smith et que je connaissais plus candide, interprêtée par nos sages Beatles.

J'adore quand une mélodie ou une phrase en réveille une autre, souvent enfouie dans nos souvenirs et que l'on travestit des chansons pour proposer quelque chose de nouveau. Ca a quelque chose d'assez génial, je trouve. Je pense même qu'il est  encore plus difficile de transcender un titre que de le créer.

D'autres génies s'y sont d'ailleurs attelés. Gainsbourg nous a perverti par deux fois deux classiques: notre Marseillaise nationale dans "Aux armes, etc..." ou encore une des valses de Chopin (#3) métamorphosée pour en faire un hymne provocateur à l'inceste (#4).

Il y avait aussi les UB40 (#5) qui ont donné un ton plus enlevé et la nonchalance du reggae blanc à un "Can't help falling in love" pourtant immortalisé par le King (#6).

Formidable, ce qu'on peut faire avec une bonne base, hein?

Et ces Beatles! Ils ont en inspiré plus d'un. Comparez l'originale (#7) avec le "With a little help from my friends" de Joe Cocker (#8). Méconnaissable. Ou encore la douce mélodie que Nina Simone (#9) a faite de "Here comes the Sun" (#10).

Remarquez, je dis ça mais elle n'a pas besoin d'être nécessairement bonne, la base, pour en faire quelque chose d'étonnant.

Les raps FM (je ne parle pas du rap qui prend aux trippes, du rap sincère genre Public Enemy mais bien du rap facile et commercialisable) ne m'enthousiasment guerre. J'aime par contre le concept qu'a développé  The Brassens. En adaptant les textes d'un rap qui n'est plus rebelle à la pompe rythmique de Brassens, il rappelle que l'habit ne fait pas le moine. Marrant et étonnant.

Comme quoi, je le redis, elle n'a pas besoin d'être nécessairement bonne, la base, pour en faire quelque chose d'étonnant. Et c'est là que j'en arrive à ma confession.

Car si en ce moment, je suis très recyclage, c'est que je suis très Julien Doré.

J'ai essayé, jusque là, de vous accrocher en vous parlant Beatles, Gainsbourg, Tarentino et Nicolas Poussin. Parce que ceux-là appartiennent à cette classe que l'on respecte. Ils sont assis, dans le café des artistes reconnus. Or, Julien Doré, parce qu'il a essayé d'être "la meilleure des putes" dans le bordel du paf, s'est injustement grillé auprès d'un publique bobo soumis à des réflexes pavloviens dommageables.

Je pense à mon beau-père - le serpent, là, l'empêcheur de tourner en rond - qui dans un éclat de rire méprisant a catégorisé illico le pauvre Julien, qui n'a même pas eu le temps d'ouvrir la bouche.

Il a fallu argumenter, se débattre pour permettre enfin à Julien d'entonner un refrain pour clouer le bec de tous ces sceptiques.

Au début, il me faisais penser aux nuits blanches de Paris Dernière. Très branché, le Julien, avec ses versions toujours surprenantes de mauvais hits ou de chansons cultes. Et puis je suis devenue accroc, frisant la crise de manque quand les matchs de foot reportaient la Nouvelle Star au jour suivant et j'ai ainsi suivi tout son parcours. Et sa démarche artistique dans cet univers paillette et grosses voix couvertes par les cris des fans hystériques m'a chamboulée. J'aime l'improbable.

Et je ne suis pas la seule (vite! vite! une caution intello pour rattrapper les quelques retors qui s'apprêtent à zapper). Libé est de mon avis. Je vous laisse d'ailleurs lire le portrait dityrambique qu'il a fait de ce nouveau génie et puis vous laisse avec quelques unes de ses prestations, vous laissant ainsi la possibilité de briser les chaînes de la bien-pensance.

Allez, courage!

Moi, Lolita (Alizée)                             Moi, Lolita (Julien Doré)


Les bêtises (Sabine Paturel)              Les bêtises (Julien Doré)



Il y a aussi les versions jazz-crooner de "Smells like teen spirit" du groupe culte et grunge de Seattle ou de "Like a Virgin." Et puis "Cet air là" ballade tranquille au ukulélé, loin de son original aigü et bourré de réverbe par April March.

Alors, convaincus?




Et en politique, me demande-t-on...

Ben... le MJS a (encore) trouvé la formule - l'université d'été à La Rochelle s'impose un "droit d'inventaire, devoir d'inventer." Je crois qu'au PS et à gauche en général, à rebours de la musique, du cinéma et des déchets organiques, il est grand temps d'arrêter de recycler. Il va falloir (enfin) innover.



* Nicolas Poussin: "La nouveauté dans la peinture ne consiste pas dans un sujet encore non vu mais dans la bonne et nouvelle expression."

# 1 (Sheila)                                            #2 (Bang Bang)   

  
 # 3 (Chopin)                                        #4 (Gainsbourg)                           
 # 5 (UB40)                                          # 6 (Elvis.)
  
 # 7 (The Beatles)                               # 8 (Joe Cocker)
  
 # 9 (The Beatles)                              # 10 (Nina Simone)                           
Par Claire
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