On ne peut pas applaudir les propos d'Al Gore, signer le pacte écologique et vouloir agir pour l'environnement et ne rien changer à nos (mauvaises) habitudes de consommation et de déplacement.On ne peut pas espérer une nouvelle façon de faire de la politique, une rénovation de la démocratie en l'exigeant plus participative et être à la botte de ceux qui fonctionnent encore comme des m'as-tu-vu et qui s'engagent à corps perdu, dès janvier, dans la course à l'Elysée.Si la politique veut changer, la façon de faire campagne doit changer.Ségolène Royal s'est expliquée ce matin chez Jean-Michel Aphatie sur RTL et remet les choses au clair.
Et je crois que c'est assez réussi...
Voici le scripte de l'interviewe. Le lien ci-dessus finira par être obsolète...
L'invité de RTL - le 17/01/2007 - 07h47
Invitée: Ségolène Royal, candidate socialiste à l'élection présidentielle
JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Ségolène ROYAL.
SEGOLENE ROYAL
Bonjour.
JEAN-MICHEL APHATIE
Plusieurs responsables socialistes, cités anonymement, s'inquiètent du passage à vide, du "trou d'air" dans votre campagne présidentielle. Ressentez-vous les choses comme cela, Ségolène ROYAL ?
SEGOLENE ROYAL
"Cités anonymement", c'est déjà significatif.
JEAN-MICHEL APHATIE
Significatif aussi d'un sentiment qui existe ?
SEGOLENE ROYAL
Non, je ne crois pas. Je pense que la campagne que j'ai choisie de conduire, en appui sur l'ensemble des comités de soutien sur tous les départements, toutes les régions de France, mais aussi en appui sur le Parti socialiste et les deux autres partis de gauche qui me soutiennent également, est le révélateur de la prise de conscience d'une crise de la politique. Et je crois qu'il faut tenir ce rythme que j'ai imprimé sur cette campagne ; et nous le tiendrons. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, si la politique est en crise, c'est parce que d'abord, il y a une crise du résultat. On voit des responsables politiques promettre aujourd'hui ce qu'ils n'ont pas fait hier et moi, je ne veux pas être la présidente de la République qui va promettre des choses qu'elle ne fera pas. La seconde chose, c'est que les
Français veulent participer aux décisions qui les concernent. Et le choix que j'ai fait, c'est d'associer les Français au projet présidentiel, à la plate-forme présidentielle qui sera présentée, le moment venu, sans céder aux pressions, aux précipitations parce que je veux que la parole politique retrouve toute sa valeur. Et c'est le sens de cette démarche.
JEAN-MICHEL APHATIE
Comment analysez-vous ce sentiment, ces propos - certes anonymes - mais qui existent aujourd'hui dans les journaux ? Comment vous les analysez ? On veut vous nuire, Ségolène ROYAL ?
SEGOLENE ROYAL
Pas du tout. Je crois que cette démarche politique est très nouvelle...
JEAN-MICHEL APHATIE
Et mal comprise !
SEGOLENE ROYAL
Et donc elle surprend peut-être ceux qui n'ont pas l'habitude de la conduire. Et ce que j'observe, et nous l'avons dit et je l'ai constaté une nouvelle fois hier dans les réunions que vous évoquiez tant au groupe socialiste où tous les parlementaires socialistes étaient présents, que dans mon conseil politique qui est le bureau national du Parti socialiste, que plusieurs responsables politiques ont témoigné de la force du déploiement des débats participatifs sur le territoire.
Alors, ça ne se voit pas dans le petit milieu parisien ce qui se passe dans les départements et dans les régions. J'ai choisi une campagne décentralisée parce que je crois aussi que la France, demain, se remettra en mouvement si l'on peut s'appuyer sur la dynamique des régions. Et je peux vous annoncer, Jean-Michel APHATIE...
JEAN-MICHEL APHATIE
Je suis tout ouï...
SEGOLENE ROYAL
... qu'il y a, aujourd'hui, plus de 2.000 débats participatifs qui se sont déjà déroulés sur l'ensemble des territoires. Et moi, je veux que l'on respecte cela. Je veux construire la République du respect, donc je veux que l'on respecte les citoyens qui font l'effort de venir dans ces débats participatifs dont nous allons bientôt rendre compte. Et
vous verrez...
JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc votre programme, Segolène ROYAL, on le connaîtra fin février, début mars comme vous l'avez annoncé. Vous ne changerez pas de calendrier ?
SEGOLENE ROYAL
Voilà. Les premières pistes de ce programme seront données à ce moment-là, c'est-à-dire lorsqu'il y a le retour des débats participatifs. Il y en a encore un certain nombre. J'en tiens un prochainement sur le logement et la vie chère. Le prochain, sur les questions de la jeunesse, l'environnement et l'agriculture. Donc, tous ces débats vont converger vers une restitution ; et à ce moment-là, ma prise de parole sur le projet présidentiel aura de la crédibilité et ne bougera pas. Moi, je ne change pas au gré du vent ou au gré des humeurs. J'ajoute qu'il y a déjà un certain nombre de propositions qui sont clairement exprimées, que j'ai clairement exprimées, je vous le rappelle : dans le domaine de l'emploi, par exemple. J'ai fait dix-sept propositions sur l'emploi et en particulier, une qui sera dans le projet présidentiel et qui consiste à s'engager à ce qu'aucun jeune, dans notre pays, ne reste au chômage ou sans revenus pendant plus de six mois. Au bout de six mois, si un jeune est au chômage ou sans revenu, il aura obligatoirement, soit un "emploi tremplin", puisque je vais en créer 500.000 sur la duré des cinq ans, comme je l'ai dit à Strasbourg dans le débat participatif sur l'Emploi ; soit une formation rémunérée parce que s'il ne trouve pas d'emploi, c'est peut-être parce que sa formation n'est pas adaptée à l'emploi ; soit un travail d'utilité collective qui sera rémunéré en tant que tel ; soit une allocation d'autonomie s'il fait ses études et s'il n'a pas les moyens de subvenir à ses besoins.
JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, ça c'est votre proposition pour l'emploi.
SEGOLENE ROYAL
Mais l'engagement que je prends, c'est qu'en France, plus aucun jeune ne sera sans emploi ou sans stage rémunéré ou sans soutien pendant plus de six mois. Mais c'est très important parce que ça sera l'un des cœurs de mon projet. Je crois que si l'on remet les jeunes au travail ou dans la prise de conscience de leur utilité, alors on remet aussi la France debout.
JEAN-MICHEL APHATIE
François HOLLANDE, premier secrétaire du Parti socialiste, a lui de son côté, déjà fait des propositions en matière fiscale. Il avait notamment annoncé, la semaine dernière, que les salariés de plus de 4.000 euros connaîtraient des augmentations d'impôts. Vous a-t-il consulté avant de faire ces propositions, Ségolène ROYAL ?
SEGOLENE ROYAL
Non, mais ça ne me choque pas. !
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un problème ?
SEGOLENE ROYAL
Pas du tout. Il est premier secrétaire du Parti socialiste. Il est responsable politique. D'autres responsables politiques avancent des propositions dans les différents débats. Les siennes ont plus d'impact parce qu'il est premier secrétaire du Parti socialiste...
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est étonnant qu'il ne vous consulte pas avant de faire ce type de propositions ?
SEGOLENE ROYAL
Non, pas du tout. Pas du tout. Et en même temps, je vous le dis, ça n'est pas ma façon de voir les choses. Je crois que la fiscalité...
JEAN-MICHEL APHATIE
Ses propositions ne vous engagent pas ?
SEGOLENE ROYAL
Elles ne m'engagent pas au sens où je crois que la fiscalité est un outil au service du développement économique ou du progrès social ou de la lutte contre les injustices. Et donc, il faut d'abord préciser quel est cet objectif en terme de développement économique, social et environnemental et voir comment la fiscalité peut permettre la création de la valeur ajoutée.
JEAN-MICHEL APHATIE
François HOLLANDE a-t-il été maladroit en formulant des propositions comme il l'a fait, les a-t-il mal présentées ?
SEGOLENE ROYAL
Non. Pas du tout. Je crois qu'il pense vraiment ce qu'il dit et ce qu'il avance. Et c'est un fin connaisseur de ces sujets et qui sera extrêmement précieux pour finaliser mon projet présidentiel.
JEAN-MICHEL APHATIE
Considérez-vous que ceci a perturbé votre campagne, Ségolène ROYAL ?
SEGOLENE ROYAL
Je ne crois pas. Je vais vous dire : nous, nous ne sommes pas à gauche dans l'illusion de l'unité factice. Ma volonté c'est de rassembler des personnalités avec leur autonomie, avec leur originalité et donc, c'est cette force-là aussi qui fait la gauche. C'est que tout le monde ne pense pas la même chose. Ensuite, il faut, en effet, une autorité juste et légitime qui décide dans quelle direction la France va aller et comment la France va pouvoir se redresser. Et je considère que la priorité de la politique économique, c'est l'investissement massif dans l'innovation, dans la recherche, dans la formation professionnelle, dans la qualité du dialogue social, dans lacompétitivité des entreprises pour conquérir les marchés extérieurs comme je l'ai dit en Chine. Et la fiscalité doit être au service de ces objectifs ; sans parler du volet écologique car j'entends faire une réforme fiscale profonde sur la question écologique, pour que la France s'engage avec beaucoup de force dans la création d'emplois liés à l'écologie industrielle.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez fait connaître, hier, Ségolène ROYAL, votre situation fiscale par l'intermédiaire de votre avocat. On a ainsi appris que depuis deux ans, vous acquittiez l'Impôt sur la fortune. Qu'est-ce qui
vous a poussé, Ségolène ROYAL, à faire cette clarification ?
SEGOLENE ROYAL
Mais je ne l'ai pas rendue publique via mon avocat. Je l'ai rendue publique directement à la demande "bizarre" de nombreux journaux et journalistes...
JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi "demande bizarre" ?
SEGOLENE ROYAL
... qui m'ont depuis huit jours, harcelée pour que je rende public mon patrimoine. Ce qui ne me gêne aucunement. Tous les candidats à l'élection présidentielle, comme tous les candidats aux élections
législatives, doivent faire une déclaration de patrimoine auprès du Conseil constitutionnel...
JEAN-MICHEL APHATIE
Qui n'est pas publique...
SEGOLENE ROYAL
... qui n'est pas publique. Il y a eu une polémique, une diffamation lancée sur Internet à plusieurs millions de destinataires. Donc, il y a une puissance de nuisances assez fortes du côté de l'UMP puisque ceci a été relié...
JEAN-MICHEL APHATIE
Pour vous, c'est l'UMP ?
SEGOLENE ROYAL
Ah, c'est Monsieur GODFRAIN qui a repris cette déclaration à partir de laquelle tout a été repris, je le répète, à plusieurs millions. Aujourd'hui, Internet est un outil assez disons, comme dirais-je, spectaculaire.
JEAN-MICHEL APHATIE
François HOLLANDE est plus précis que çà dans LIBERATION, il évoque même l'entourage de Nicolas SARKOZY !
SEGOLENE ROYAL
Attendez, attendez, attendez. Monsieur GODFRAIN fait partie de l'entourage de Nicolas SARKOZY.
JEAN-MICHEL APHATIE
Donc, selon vous, c'est l'entourage de Nicolas SARKOZY qui est à l'origine de cette campagne ?
SEGOLENE ROYAL
L'enquête le démontrera puisqu'il y a une plainte en diffamation. Donc, écoutez-moi : moi, je n'ai pas l'intention ni de me laisser faire par ces méthodes d'intimidation, ni de les imiter. Je considère
que la politique doit être propre ! Et moi qui ai été élevée à la dure, vous le savez, dans une enfance que vous connaissez, j'ai appris ce qu'était l'honnêteté et la vérité de la parole. Et en même temps,
la transparence ne me gêne absolument pas. Donc, j'ai donc rendu public mon patrimoine. J'espère que les organes de presse qui m'ont demandé cela le demanderont à tous les candidats. Mon patrimoine est donc de 355.000 euros, voilà. Et donc les choses sont extrêmement claires. Et la copie de ma déclaration est à la disposition de la presse puisque je lui ai envoyée.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous acquittez donc l'Impôt sur la fortune Ségolène ROYAL. Considérez-vous que vous êtes riche ?
SEGOLENE ROYAL
Non, à titre personnel, je n'atteints pas le seuil de l'impôt sur la fortune, mais c'est en cumulant mon patrimoine avec celui de mon conjoint qui nous met effectivement au seuil...
JEAN-MICHEL APHATIE
Considérez-vous que vous êtes riche, Ségolène ROYAL ?
SEGOLENE ROYAL
Je suis aisée. Et je pense normal de payer l'Impôt sur la fortune et je ne tolère pas qu'il y ait des insinuations qui ont laissé croire que je fraudais l'ISF. J'ai acheté un bien en 1986, bien sûr dont la
valeur a augmenté aujourd'hui, un autre en 1990 dont je possède une partie. Comme les emprunts ont été remboursés et que vous connaissez la valeur immobilière telle qu'elle a évoluée, nous avons donc franchi le seuil de l'impôt sur la fortune depuis l'année dernière. Et c'est tout à fait normal de payer cet ISF.
JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce un problème de vouloir représenter la gauche et d'acquitter l'impôt sur la fortune ?
SEGOLENE ROYAL
Je ne crois pas. Je pense, au contraire, que payer l'impôt et payer l'impôt de solidarité, c'est quelque chose qui est tout à fait normal. Je pense également qu'au bout de trente années de vie professionnelle, avoir constitué un patrimoine en ne partant de rien, j'ai commencé ma
vie en n'ayant rien, donc c'est le fruit de mon travail et en même temps, c'était plus facile à cette époque que maintenant ; et la vraie question aujourd'hui, c'est que des jeunes dans la situation dans
laquelle j'étais, c'est-à-dire diplômée de l'enseignement supérieur avec un bon salaire de départ, aujourd'hui auront beaucoup plus de difficultés à se constituer un patrimoine et même à être propriétaire de leur logement à cause, justement, du prix de l'Immobilier. Et c'est cela aussi que je veux changer. Je veux que les Français et les familles soient propriétaires de leur logement. Aujourd'hui, un
Français sur deux est propriétaire de son logement. Mon objectif, je l'ai déjà dit, c'est que 80% des Français puissent réussir à acquérir leur logement, et je mettrai en place des dispositifs notamment de crédits très peu chers pour permettre aux familles d'accéder à leur
logement quel que soit leur niveau de revenus. Je veux aussi que les familles qui habitent des logements sociaux et qui paient bien leur loyer, qui font leurs efforts pour payer leur loyer durablement, puissent devenir au bout de 15 ans propriétaire du logement qu'ils habitent.
JEAN-MICHEL APHATIE
Une dernière question sur Georges FRECHE, il l'a annoncé hier qu'il se mettait en retrait durant deux ou trois mois du Parti socialiste pour ne pas vous gêner, a-t-il dit, Ségolène ROYAL, souhaitez-vous malgré tout que la procédure devant un tribunal des conflits du Parti socialiste qui peut aboutir à son exclusion, se poursuive ?
SEGOLENE ROYAL
Je pense que ce qu'il a fait est bien et qu'on peut en rester là et que pour le reste, c'est à lui de voir comment... ou s'il peut continuer, je crois, à exprimer des excuses pour des mots qui ont profondément blessé, avec lequel je suis en désaccord.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais on peut en rester là pour Georges FRECHE ?
SEGOLENE ROYAL
Je le pense.
JEAN-MICHEL APHATIE
Ségolène ROYAL qui va, donc, poursuivre le dialogue tout à l'heure avec les auditeurs.
* Le titre est une citation de Thomas Fuller, un physicien anglais du début du XVIII e siècle.
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