Parce que les explications proposées par les médias officiels (M. Pujadas sur France 2, Reuters par le biais de Yahoo, ...) sont approximatives et (délibérément?) nébuleuses, j'ai envie d'expliquer ici pourquoi j'ai fait grève aujourd'hui.
Quand je lis en effet que "près de 39% des enseignants des lycées généraux et technologiques et 35% des professeurs des collèges étaient en grève lundi à la mi-journée contre un projet de décret qui augmenterait le temps de travail de certains d'entre eux,"1 je crains que l'opinion publique ne s'embrouille et interprête cette manifestation comme un refus des 35 heures de présence que l'on veut instaurer dans les établissements.
Il ne s'agit pas de cela (et j'aurai sans doute l'occasion, d'ici quelques temps, d'écrire quelques lignes sur cette réforme, qui me semble nécessaire si elle est discutée, réfléchie et menée intelligement).
Pour la première fois depuis très longtemps, tous les syndicats enseignants2 sont d'accord et ont décidé, ensemble, de lutter contre un acharnement systématique contre l'image et les salaires des enseignants.
Ainsi, en supprimant les heures de premières chaires, les heures de laboratoire ou de vaisselle3 (pour économiser 2800 postes, nous dit-on), on laisse penser que chaque heure de cours est interchangeable et que l'on prépare de la même manière un TP ou un cours de science et vie de la terre, qu'un cours de préparation au baccalauréat (avec ce qu'il implique de préparation et de correction de bacs blancs) est aussi prenant qu'un cours de seconde.
En préparant la disparition progressive des heures d'UNSS4, on veut minimiser la stimulation que sucitent la compétition dans le cadre de l'éducation physique, la vie associative et surtout l'un des seuls liens qui existe entre le scolaire et l'extra-scolaire.
En imposant progressivement la bivalence tout en ne formant pas les futurs enseignants sur l'autre matière, on dévalorise directement la tâche des professeurs et on déqualifie le métier. L'enseignant serait donc lui aussi interchangeable. Les matières n'auraient pas leurs spécificités.
En affectant enfin indifférement les enseignants sur plusieurs établissements, on néglige l'importance du travail en équipe et de son impact sur le suivi des élèves.
Il est donc temps de réhabiliter le formidable métier qu'est l'enseignement, aux yeux des élèves d'abord, des parents ensuite et de l'ensemble de la population française. Il est temps aussi d'arrêter l'hypocrisie qui consiste à dire, comme M. de Robien l'a fait ce soir, que ces mesures sont dans "l'intérêt des élèves."5 Il est enfin temps de considérer que le métier de l'enseignant ne se résume pas à des heures de présence devant les élèves.
Je me réjouis donc du succès de cette grêve. Celle-ci a en effet largement été suivie. Dans le Vaucluse, ce sont plus de 55% de grévistes, avec une participation importante au rassemblement et à la manifestation de ce jour (environ 400 personnes). Au plan national, les chiffres varient: 39% des professeurs de lycée et 35% des professeurs de collège selon le ministère et respectivement 53 et 55% selon le SNES - une disparité que je ne comprends toujours pas: le nombre de gréviste effectif est effectivement connu du ministère, en tous cas, au moment de prélever la journée grévée sur le salaire!
Reste à communiquer, à expliquer, à échanger ? pour qu'enfin les enseignants ne soient plus considérés comme des planqués privilégiés et reste aussi à débattre, à réfléchir à des réformes, à des changements qui palieront aux limites que rencontre notre système tout en respectant les missions initiales des enseignants.
1 Information Reuters diffusée sur Yahoo, article intitulé « grêve bien suivie dans le second degré », lundi 18 décembre 2006, 13h55.
2 CNGA, FEP-CFDT, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SNALC-CSEN, SNCL-FAEN, SNEP-FSU, SNES-FSU, SNETAA EIL, SNFOLC, SNPEFP-CGT,SNUEP-FSU, SUD-EDUCATION, SUNDEP, UNSEN-CGT
3Les professeurs assurant des cours dans les classes à examen (première et terminale, classes préparatoires...) ou ayant la responsabilité du laboratoire bénéficiaient d'une heure de décharge.
4 L'Union Nationale du Sport Scolaire est une fédération multisports ouverte à tous les jeunes collégiens et lycéens scolarisés. Elle a pour objet d' organiser et développer la pratique d'activités sportives, composantes de l'éducation physique et sportive et l' apprentissage de la vie associative par les élèves qui ont adhéré aux Associations Sportives du second degré. (Article premier des Statuts de l'UNSS). Les enseignants d'éducation physique dispensent 17 heures de cours et 3h d'UNSS. Voir le site http://www.unss.org/index.htm
5 Interview diffsuée sur France Inter, le lundi 18 décembre, flash info de 19h00.

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