Enseigner

Lundi 18 décembre 2006



Parce que les explications proposées par les médias officiels (M. Pujadas sur France 2, Reuters par le biais de Yahoo, ...) sont approximatives et (délibérément?) nébuleuses, j'ai envie d'expliquer ici pourquoi j'ai fait grève aujourd'hui.


Quand je lis en effet que "près de 39% des enseignants des lycées généraux et technologiques et 35% des professeurs des collèges étaient en grève lundi à la mi-journée contre un projet de décret qui augmenterait le temps de travail de certains d'entre eux,"1 je crains que l'opinion publique ne s'embrouille et interprête cette manifestation comme un refus des 35 heures de présence que l'on veut instaurer dans les établissements.


Il ne s'agit pas de cela (et j'aurai sans doute l'occasion, d'ici quelques temps, d'écrire quelques lignes sur cette réforme, qui me semble nécessaire si elle est discutée, réfléchie et menée intelligement).


Pour la première fois depuis très longtemps, tous les syndicats enseignants2 sont d'accord et ont décidé, ensemble, de lutter contre un acharnement systématique contre l'image et les salaires des enseignants.


Ainsi, en supprimant les heures de premières chaires, les heures de laboratoire ou de vaisselle3 (pour économiser 2800 postes, nous dit-on), on laisse penser que chaque heure de cours est interchangeable et que l'on prépare de la même manière un TP ou un cours de science et vie de la terre, qu'un cours de préparation au baccalauréat (avec ce qu'il implique de préparation et de correction de bacs blancs) est aussi prenant qu'un cours de seconde.


En préparant la disparition progressive des heures d'UNSS4, on veut minimiser la stimulation que sucitent la compétition dans le cadre de l'éducation physique, la vie associative et surtout l'un des seuls liens qui existe entre le scolaire et l'extra-scolaire.


En imposant progressivement la bivalence tout en ne formant pas les futurs enseignants sur l'autre matière, on dévalorise directement la tâche des professeurs et on déqualifie le métier. L'enseignant serait donc lui aussi interchangeable. Les matières n'auraient pas leurs spécificités.


En affectant enfin indifférement les enseignants sur plusieurs établissements, on néglige l'importance du travail en équipe et de son impact sur le suivi des élèves.


Il est donc temps de réhabiliter le formidable métier qu'est l'enseignement, aux yeux des élèves d'abord, des parents ensuite et de l'ensemble de la population française. Il est temps aussi d'arrêter l'hypocrisie qui consiste à dire, comme M. de Robien l'a fait ce soir, que ces mesures sont dans "l'intérêt des élèves."5 Il est enfin temps de considérer que le métier de l'enseignant ne se résume pas à des heures de présence devant les élèves.


Je me réjouis donc du succès de cette grêve. Celle-ci a en effet largement été suivie. Dans le Vaucluse, ce sont plus de 55% de grévistes, avec une participation importante au rassemblement et à la manifestation de ce jour (environ 400 personnes). Au plan national, les chiffres varient: 39% des professeurs de lycée et 35% des professeurs de collège selon le ministère et respectivement 53 et 55% selon le SNES - une disparité que je ne comprends toujours pas: le nombre de gréviste effectif est effectivement connu du ministère, en tous cas, au moment de prélever la journée grévée sur le salaire!


Reste à communiquer, à expliquer, à échanger ? pour qu'enfin les enseignants ne soient plus considérés comme des planqués privilégiés et reste aussi à débattre, à réfléchir à des réformes, à des changements qui palieront aux limites que rencontre notre système tout en respectant les missions initiales des enseignants.


1 Information Reuters diffusée sur Yahoo, article intitulé « grêve bien suivie dans le second degré », lundi 18 décembre 2006, 13h55.

2 CNGA, FEP-CFDT, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SNALC-CSEN, SNCL-FAEN, SNEP-FSU, SNES-FSU, SNETAA EIL, SNFOLC, SNPEFP-CGT,SNUEP-FSU, SUD-EDUCATION, SUNDEP, UNSEN-CGT

3Les professeurs assurant des cours dans les classes à examen (première et terminale, classes préparatoires...) ou ayant la responsabilité du laboratoire bénéficiaient d'une heure de décharge.

4 L'Union Nationale du Sport Scolaire est une fédération multisports ouverte à tous les jeunes collégiens et lycéens scolarisés. Elle a pour objet d' organiser et développer la pratique d'activités sportives, composantes de l'éducation physique et sportive et l' apprentissage de la vie associative par les élèves qui ont adhéré aux Associations Sportives du second degré. (Article premier des Statuts de l'UNSS). Les enseignants d'éducation physique dispensent 17 heures de cours et 3h d'UNSS. Voir le site http://www.unss.org/index.htm

5 Interview diffsuée sur France Inter, le lundi 18 décembre, flash info de 19h00.

Par Claire
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Vendredi 22 décembre 2006
 
Etant enseignante, je ne peux évidemment pas ne pas réagir face au drame qui a eu lieu au collège Albert-Camus de Meaux, hier. Cet événement est tout simplement terrible. Terrible pour la famille du jeune Carl. Terible aussi pour les deux jeunes accusés et leur entourage, pour le jeune enseignant d'éducation physique et pour les autres membres de l'équipe éducative. Terrible enfin pour l'école, pour les élèves et pour les parents de l'ensemble du pays.

Faire ce constat ne résoud rien pour autant. Ce drame ré-ouvre par contre le dossier complexe de la violence à l'école: comment réagir? Que faut-il mettre en place? Comment endiguer la violence dans nos écoles?

La question est bien trop délicate pour y répondre ici, ce soir. Mais il faudra l'aborder et trouver des solutions... pour que nos élèves n'appréhendent plus d'aller au collège.

Nota bene: Ironie du sort, je travaille sur le thème de la violence à l'école avec mes troisièmes en ce moment. Des bullies qui tyranisent les élèves au collège aux deux élèves-tueurs du lycée Colombine dans le Colorado, les élèves ont découvert différentes formes de violence, toutes inadmissibles. Ce nouveau drame sera sans doute un point de départ pour débattre, à la rentrée. Espérons qu'en parler, même en anglais, serve au moins de catharsis et leur permette de prendre conscience, un peu plus...


Par Claire
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Samedi 23 décembre 2006


Depuis la rentrée 2006, les enseignants et l'administration sont tenus de mettre en place une note de vie scolaire1, note sur vingt qui « contribue, en donnant des repères aux élèves, à faire le lien entre la scolarité, la vie scolaire et la vie sociale” selon le Bulletin Officiel. Les critères d'évaluation sont assez flous. Quatre domaines sont pris en compte: l'assiduité, le respect des autres dispositions du règlement intérieur, la participation de l’élève à la vie de l’établissement ou aux activités organisées ou reconnues par l’établissement et l’obtention de l’attestation scolaire de sécurité routière et de l’attestation de formation aux premiers secours. Même si le B.O. stipule que le note est élaborée “à partir de critères objectifs,” nous avons pu mesurer les difficultés à la mettre en place durant ce premier trimestre.


Les différents syndicats enseignant ont fait une déclaration au Conseil Supérieur de l'éducation, citant les limites du dispositif mis en place, j'en ajouterai quelques unes également:


Vous trouverez ci-joint la déclaration au Conseil supérieur de l’éducation du 14/12/2006 signée par les syndicats FCPE, UNEF, UNL, FERC-CGT, SNES, SNUIPP, FSU, SE-UNSA, Ligue de l'Enseignement, SGEN-CFDT, CGT, FEP-CFDT.


Contrairement aux déclarations du ministre de l'Education nationale le 28 novembre dernier, concernant les retours positifs sur la mise en place de la note de vie scolaire, les organisations signataires tiennent à attirer son attention sur les difficultés majeures rencontrées dans les établissements, à l'occasion de son application.

- Elles rejettent conjointement la confusion entretenue par cette note entre sanction du comportement et évaluation des acquis.

- Elles dénoncent l'arbitraire de cette note, dont la mise en oeuvre est, dans de nombreux endroits, tout sauf intelligible pour les élèves et leurs parents. Pour certains élèves, en outre, cette note, intervenant après une sanction, équivaudra à une double peine.

- Elles observent qu'il n'existe aucune égalité de traitement entre les élèves d'un établissement à l'autre.

- Elles affirment que l'objectif d'éducation à la citoyenneté qui est ainsi visé ne saurait être atteint par le principe même d'une note chiffrée, tant sont nombreux les effets pervers.

Les organisations signataires tiennent à la disposition du ministre les nombreux exemples d'application de cette note sur lesquels elles appuient leur analyse.

De ce fait, dans l'intérêt de tous, les organisations signataires demandent solennellement au ministre de l'Education nationale d'engager une procédure de modification législative visant à la suppression de cette note.

Dans l'attente, elles lui demandent de suspendre la mise en oeuvre de cette mesure.


Dans le cadre de réunions dans mon établissement, des réserves intéressantes ont étré émises. Je vous en fait part, ici:

- La circulaire mettant en place la note de vie scolaire est en contradiction avec un texte qui précise que l'on ne doit pas sanctionner un comportement par une note.

- On en vient à récompenser la normalité.

- Le simple fait que le 2/20 ou le 5/20 apparaisse sur un bulletin est une preuve de notre incapacité à faire respecter le règlement intérieur. Est-ce que cette note va pour autant changer les choses? Est-ce que le non-respect du règlement intérieur ne va pas ainsi au contraire être institutionnalisée?

- Des effets pervers sont possibles: pour certains élèves en difficulté, obtenir la moyenne est déjà une gageure. Et pourtant, un dix sur vingt en note de vie scolaire révèle un comportement peu satisfaisant. Certains élèves risquent de s'en contenter, voire de s'en flatter...

- Alors que la tendance est à supprimer les notes, et à évaluer en terme de compétences acquises ou en voie d'acquisition (comme en témoigne le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues), le misnitère nous propose un retour en arrière, peut être dommageable...


Et vous? Que vous inspire cette note de vie scolaire? Comment l'avez-vous mise en place? Comment l'améliorer? Peut-on l'améliorer? Quelles sont les autres pistes que nous pouvons explorer?


Notes et références:

1 http://www.education.gouv.fr/bo/2006/26/MENE0601604C.htm

 


 


Par Claire
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Samedi 13 janvier 2007
Et voilà que l'isegoria prend tout son sens, que cet espace est saisi par d'autres...

Une amie et collègue m'a envoyé un texte que je trouve pertinent et que je vous soumets.

Pour plus d'informations sur cette nouvelle orientation, consultez  le Bulletin Officiel de "préparation à la rentée 2006." Le "conseil pédagogique" est expliqué en IX sous le titre: "Conforter le pilotage pédagogique de l’EPLE : installer le conseil pédagogique, élaborer le projet d’établissement, expérimenter et contractualiser."

"En fin d’après-midi, je suis convoquée à une réunion intitulée « première approche du conseil pédagogique ». L’expression me disait vaguement quelque chose, pour avoir vu passer des réactions plutôt négatives sur une liste de diffusion.

Un coup d’œil sur les sites des syndicats m’a confirmé que le conseil pédagogique faisait bien débat. Je comprenais aussi de quoi il s’agissait : plusieurs professeurs désignés par le chef d’établissement ayant pour rôle de conseiller, proposer, échanger. Les risques soulevés par les syndicats : créer une hiérarchie intermédiaire appuyée sur des « super-profs » dociles et une intrusion dans la liberté pédagogique des enseignants.

Soit. J’entends ces arguments.

La réunion se déroule comme toutes les réunions qui rassemblent autour d’une table professeurs et équipe de direction : contradiction, affrontements de principe. Pour l’équipe de direction, le conseil pédagogique est un moyen d’être plus près des enseignants et de leurs propositions. Pour les enseignants (enfin ceux qui ont pris la parole), le chef d’établissement et son adjointe n’ont aucune légitimité à s’inquiéter des questions pédagogiques.

Là, l’équipe de direction, qualifiée par les enseignants « d’administratifs », pose la problématique qui me fait réagir maintenant : est-ce inutile de débattre de pédagogie avec ceux qui mènent la politique de l’établissement au niveau local ?

Par ma fonction de professeur et documentaliste, j’appartiens au corps enseignant en étant service de vie scolaire. C’est certainement ma place dans l’établissement qui oriente mon propos. Je ne peux pas travailler seule, dans ma classe. Je ne peux pas éviter de communiquer avec l’administration et mes supérieurs hiérarchiques. Supérieur hiérarchique, pour certains collègues, c’est le contraire de supérieur pédagogique disciplinaire. Effectivement, le chef d’établissement ne maîtrise pas ma discipline, ne me donne pas de note pédagogique mais je suis contente de savoir qu’il s’intéresse à la question pédagogique dans son ensemble ! Pour quelles raisons resterait-il dans une structure qui manque de moyens et qui a des problématiques diaboliques à régler ?

En sortant de la réunion, je me suis dit que c’était un peu du gâchis.

Que toute demande institutionnelle était contestée par les enseignants, sans qu'ils essayent d’y trouver (d’y créer ?) un sens.

Que peut-être ce conseil pédagogique était une énième réunion qui rallongeait la journée.

Que c’était peut être aussi un espace d’échanges, de réflexions, de propositions pour s’approprier ces contraintes institutionnelles venues de Grenelle.

Que j’étais encore jeune et idéaliste, certainement pas encore blasée et désillusionnée."

Steph


Par Stephanie
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