Avignon est honteuse, toute nue. On s'est empressé de lui arracher ses habits de papier. On lui a pris son âme cosmopolite. La ville est maintenant outrageusement propre, excessivement pimpante
et desespérement deserte.
Les cafetiers courbaturés soufflent enfin, les commercants éreintés tirent leurs rideaux de fer et s'en vont en vacances, le quartier de la Balance dessert les dents, les propriétaires
d'appartements ou de garages momentanément tranformés en théâtre recomptent leurs liasses de billets, les festivaliers et les comédiens regagnent le TGV et nous, on se lamante...
Nous avons décidé d'éviter la place des Corps Saints, la rue des Teinturiers, la rue des Lices ou le parvis de l'Eglise St Agricol, du moins dans les prochaines semaines. Nous ne sommes pas
encore prêts.
Comment faire le deuil d'un mois de juillet qui nous a autorisé à grandir plus vite, qui nous a enchanté de ses spectacles? De trois longues semaines riches, vivantes, divines?
Pendant le festival, j'aime chercher dans la presse les échos du tourbillon qui envahit ma ville; j'adore lire les blogs des Avignonnais qui tressaillent. Je veux savoir que je vis au rythme de la
chamade du coeur des autres. Un moment sucré tel que le festival d'Avignon, ça se partage.
Ainsi, j'ai été chagrinée de lire Fann se "rendre compte, avec sa candeur habituelle, que le Festival c'est comme Noël...on l'attend toute l'année, et quand on se met à table, on a hâte que ça termine..."
Elle m'aura finalement enjoint de faire une petite introspection dont le résultat est le suivant: nous sommes au moins d'accord sur le postulat de départ. Nous n'avons juste pas la même manière
d'appréhender les fêtes de fin d'année.
Le festival a beau ne plus être ce qu'il était (bah oui, c'était mieux avant!), je me délècte chaque année et m'enthousiasme au plus haut point, m'ennivre d'une foule éparse, bois du petit lait
devant les quelques concerts de rue pourtant devenus si rares, m'emmerveille d'un catalogue du OFF qui ne cesse de s'épaissir (mais à quel prix?), jubile lors de ma traditionnelle ballade au
marché des allées de l'Oulle qui n'est plus artisan et qui est organisé comme un camp militaire, ignore les ballons gonflés à l'hélium et les portes-clé fluorescents qui se vendent comme des
petits pains et refuse de voir que certaines salles de spectacles enchanteresques sont à moitié vide quand le Palace est bondé.
Comme quand j'étais gosse finalement. On attend effectivement Noël toute l'année et quand on se met à table, on a beau constater que la fête n'est pas à la hauteur de nos attentes, on ne veut pas
que ça se termine, on saisit les grands moments et on oublie le reste.
Le festival 2007, ça n'aura été que les pots chez Ginette & Marcel suivis des 100 g de douceurs Haribo, caressés par une brise légère qui tempérait les chaleurs habituellement insoutenables
du mois de juillet, les pianistes rue la République et place des Corps Saints, les conférences du théâtre des idées au gymnase St Jo, les affiches qu'on aime et qu'on décroche pour son salon, les
dix pièces de théâtre du off que j'ai vues, toutes singulières, l'immense Roi Lear de la Cour d'Honneur, les allers-retours avec nos convives entre la maison et l'intra-muros, cent fois par jour,
les siestes, les midi ou les soirs à l'Epice and Love ou au Couloir, les pizzas de la rue des Teinturiers, les glaces de l'Italien rue Carreterie, les parades, Alévêque et ses mille colombes, les
tracteurs, les comédiens qu'on admire et qui déambulent dans les rues, l'air de rien, les invitations pour les temples de la poésie, les bancs inconfortables du Off, les gouttes de pluie et la
fraîcheur du In, la farandole d'amis et de cousins, d'oncles et de tantes qui débarquent, chacun leur tour, dans notre belle maison pour plusieurs jours, les oranges pressées, l'humilité du grand
Gauthier Fourcade, les verres de vins à la cave, l'incontourbable Délirium et ses soirées envoutantes...
Avignon est méconnaissable. Et c'est dur de passer à autre chose. Il reste le festival de jazz. On retournera dans la cité papale, à tâtons. On n'ouvrira les yeux qu'une fois les lumières
allumées dans le cloître des Carmes, pour le tremplin jazz.
Après ça, on s'en ira. Quelques jours dans les villages de pêcheurs italiens. Puis quand on rentrera, ça sentira la fin de l'été. On finira par oublier...
Mais finalement, quand on aura fini par apprendre à vivre autrement que comme des juilletistes, après des mois de ré-éducation, ça fleurera à nouveau l'été. Les clowns, les poètes et les
saltimbanques réinvestiront les lieux pour la 62e édition du festival.
C'est bien la première fois que je bénie le côté itératif de la vie.
Il est 4h du matin et le dernier lien qui me reliait encore au festival vient de me quitter... c'est vraiment fini. Je ne sais pas pourquoi l'on ne s'est pas croisé plus souvent souvent pendant cette édition, car le festival que tu décris est aussi celui que j'ai vécu (si l'on remplace le Délirium par le "bar du In" nous avons fait les mêmes choses aux mêmes endroits...) Tout est passé si vite et le début est pourtant si loin. Il nous reste tout de même Avignon au mois d'Aout, les rues désertes, les places pour nous, le calme des quartiers déserts... c'est aussi beau et agréable que ce que ça peut être déprimant. Vivement Juillet prochain !
Commentaire n°1
posté par
Lionel
le 02/08/2007 à 04h09
Je n'ai vu Avignon qu'une fois, pendant le festival. Et j'ai hate de la découvrir....maintenant que les festivaliers sont partis.
Commentaire n°2
posté par
marion
le 02/08/2007 à 11h27
Savez-vous ce qu'est un tague ? Non ? Et bien moi, je ne le savais pas il y a encore une heure (Cela n'a rien à voir avec un dessin plus ou moins bien réussi sur une rame de métro ou sur la porte de mon immeuble).
Le tague c'est un peu comme un "Chain mail" ou l'on vous explique qu'il faut transmettre un e-mail à 25 personnes sous peine de ne plus avoir de rapport sexuel de toute votre vie, ou de mourir d'un cancer dans les 25 secondes qui suivent. La différence entre le Tague et le mail c'est que le tague c'est ce genre de concept, mais appliqué aux blogs. Une fois tagué, vous devez sur votre blog, avouer à vos lecteurs 5 choses que vous n'avez jamais écrites auparavant, puis taguer 5 autres blog en déposant votre post en commentaire.
Premier tague donc ! Je réponds. Pas sur de le faire à chaque fois (Pour être parfaitement honnête, merci Fann de m'avoir tagué car je voulais écrire un truc, sans n'avoir rien à dire...Voilà un prétexte !).
1 - Le matin quand je me lève, je vais voir si j'ai de nouveau com' sur mon blog, et je fais un tour de mes blogs préféré question de voir s'il y a du nouveau...( Joss, Claire, Stpeh, Marion...et Cyril quand il n'est pas en grève de blog comme depuis un mois).
2 - Hier soir, je suis allé voir "Interview" à Utopia avec Anais (Objet du prochain billet - Le film, pas Anais).
3 - Depuis que Dam est venu habiter ici quelques jours je regarde MCM et j'ai découvert quelques trucs sympa (et pas mal de grosses merde aussi - "J'inventerai des mots...car ceux de mon cerveau ne sont plus à la hauteur")! Merci Dam donc, pour Keny Arkana ou pour "A la bien" de Soprano.
4 - je vais sans doute courir le marathon de Paris au printemps prochain (Enfin, jaimerai bien...)
5 - Le dernier truc que je fais le soir (ou le matin en ce moment) avant de me coucher, c'est de regarder combien de personnes sont passées sur ce blog dans la journée...
Commentaire n°3
posté par
Lionel
le 03/08/2007 à 00h30
plaisir de lire une avignonnaise heureuse du festival... ça commence à devenir rare! (sourire) Amicalement, Julie
Commentaire n°4
posté par
Julie
le 29/09/2008 à 11h40
:
Professeur certifiée d'anglais en collège,
Titulaire d'un DEA sur l'influence des médias américains sur la perception des Israéliens et des Palestiniens,
Militante au MJS,
Adhérente au PS
Il est 4h du matin et le dernier lien qui me reliait encore au festival vient de me quitter... c'est vraiment fini. Je ne sais pas pourquoi l'on ne s'est pas croisé plus souvent souvent pendant cette édition, car le festival que tu décris est aussi celui que j'ai vécu (si l'on remplace le Délirium par le "bar du In" nous avons fait les mêmes choses aux mêmes endroits...) Tout est passé si vite et le début est pourtant si loin. Il nous reste tout de même Avignon au mois d'Aout, les rues désertes, les places pour nous, le calme des quartiers déserts... c'est aussi beau et agréable que ce que ça peut être déprimant. Vivement Juillet prochain !
Savez-vous ce qu'est un tague ? Non ? Et bien moi, je ne le savais pas il y a encore une heure (Cela n'a rien à voir avec un dessin plus ou moins bien réussi sur une rame de métro ou sur la porte de mon immeuble).
Le tague c'est un peu comme un "Chain mail" ou l'on vous explique qu'il faut transmettre un e-mail à 25 personnes sous peine de ne plus avoir de rapport sexuel de toute votre vie, ou de mourir d'un cancer dans les 25 secondes qui suivent. La différence entre le Tague et le mail c'est que le tague c'est ce genre de concept, mais appliqué aux blogs. Une fois tagué, vous devez sur votre blog, avouer à vos lecteurs 5 choses que vous n'avez jamais écrites auparavant, puis taguer 5 autres blog en déposant votre post en commentaire.
Premier tague donc ! Je réponds. Pas sur de le faire à chaque fois (Pour être parfaitement honnête, merci Fann de m'avoir tagué car je voulais écrire un truc, sans n'avoir rien à dire...Voilà un prétexte !).
1 - Le matin quand je me lève, je vais voir si j'ai de nouveau com' sur mon blog, et je fais un tour de mes blogs préféré question de voir s'il y a du nouveau...( Joss, Claire, Stpeh, Marion...et Cyril quand il n'est pas en grève de blog comme depuis un mois).
2 - Hier soir, je suis allé voir "Interview" à Utopia avec Anais (Objet du prochain billet - Le film, pas Anais).
3 - Depuis que Dam est venu habiter ici quelques jours je regarde MCM et j'ai découvert quelques trucs sympa (et pas mal de grosses merde aussi - "J'inventerai des mots...car ceux de mon cerveau ne sont plus à la hauteur")! Merci Dam donc, pour Keny Arkana ou pour "A la bien" de Soprano.
4 - je vais sans doute courir le marathon de Paris au printemps prochain (Enfin, jaimerai bien...)
5 - Le dernier truc que je fais le soir (ou le matin en ce moment) avant de me coucher, c'est de regarder combien de personnes sont passées sur ce blog dans la journée...
Amicalement,
Julie