Mercredi 21 mars 2007
Très cher Eric,

Je tenais, personnellement, à vous remercier.

Je vous ai découvert dans une émission sur La Chaîne Parlementaire en février dernier. Vous y défendiez le programme de Mme Royal avec une ferveur jusque là peu déployée chez les socialistes. Avec votre accolyte Jacques Généreux, vous dominiez le débat, face à un sénateur UMP décontenancé par votre argumentation solide et votre conviction inébranlable. Vous n'attaquiez personne. Vous défendiez un projet, des idées, des propositions. Ca élevait enfin un débat, à mon sens trop bouseux jusque là.

Je me rappelle avoir envoyé ce jour-là un message à une connaissance travaillant à Solferino. Je demandais à cet ami de vous "congratuler," s'il avait l'occasion de vous croiser dans les couloirs du siège, vous et M. Généreux. Je me disais qu'avec des gens comme vous, pédagogues, pondérés, éloquents et assurés, nous allions remporter ces élections.

Aujourd'hui, vous publiez un livre intitulé "Qui connaît Mme Royal?" dans lequel vous fustigez la candidate. Ce n'est pas la première publication à laquelle vous avez contribué. La première date du début de l'année. Elle s'attaquait au candidat de l'UMP. Ce qui était particulièrement notable, c'était cette façon d'instiller un sentiment fort dans vos écrits: la peur. Vous y utilisiez des termes plutôt angoissants. La rupture tranquille de M. Sarkozy était "inquiétante." Et de pourfendre un candidat atlantiste, "néo-conservateur américain à passeport français" qui serait devenu une "filiale française de la Bush Cie"; un candidat qui est "un danger pour une certaine conception de la République française, laïque et sociale." Vous n'y alliez pas avec le dos de la cuillère. Il semble décidemment que vous ayez le sens de la formule.

Opportuniste, girouette, homme blessé? Toujours est-il qu'après avoir claqué la porte du PS, vous avez ouvertement décrié la candidate de votre ex-parti. Et c'est maintenant dans un ouvrage que vous vous exécutez à nouveau. Et de ré-employer des termes anxiogènes. Vous "ne souhaitez pas" voir la candidate socialiste gagner les élections. En tous cas, "pour votre pays." Pis, vous le "redoute[z] pour [vos] enfants." On courirait au cataclysme en élisant une candidate pourtant soutenue par l'ensemble du parti, par des intellectuels, des journalistes, des militants, des citoyens... A moins que vous ne soyez le seul à être lucide!

Je vous remercie donc pour deux choses.

D'abord, pour avoir annoncé la couleur de votre verte aigreur en intitulant votre livre "Qui connaît Mme Royal?" On voit là que c'est un tacle au (certes méprisant) "Qui connaît M. Besson?" que celle-ci avait lançé lors de votre démission. En choisissant un tel titre, vous trahissez cette rancoeur personnelle, quoi que vous en disiez...

Je vous remercie aussi de vous faire le porte-voix de l'urgence de la refonte de notre république, de la crise institutionnelle que traverse notre pays. Les deux premiers candidats en terme de sondages et d'intentions de vote sont donc, selon vous, dangereux pour notre pays. C'est sans parler d'un candidat qui se positionne en quatrième position et qui a eu l'occasion de se hisser au second tour lors des dernières élections. La France a de quoi se morfondre, non?

Vos propos sont évidemment excessifs et pourtant révélateurs. Quoi qu'on en pense, l'élection d'un président pratiquement omnipotent inquiète. On s'attendait même à voir débarquer les chars soviétiques en 1981, lors de l'élection de François Mitterand. Cette fois encore, les principaux candidats sont, suggérez-vous, redoutables. Je ne veux pas préjuger de ce que serait la France sous Nicolas Sarkozy. Par contre, je peux augurer un progrès, si le Parti Socialiste l'emporte. Car cette cinquième république usée sera sans doute enfin enterrée. Et toutes ces anxiétés avec.

Vous déclarez que Mme Royal est le produit de la crise au PS. J'affirme que vous être le produit de la crise de nos institutions. Avec votre départ, celle d'une République essoufflée. Avec l'arrivée de Ségolène Royal, celle d'un parlement plus représentatif, plus fort, celle d'une présidence aux pouvoirs restreints.

Car la France ne peut se résumer à un homme ou une femme. Ségolène Royal et vous avez un point commun: vous êtes de ceux qui l'ont compris.


Par Claire - Publié dans : Réagir et commenter l'actualité
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Commentaires

je trouve cette réplique trés bien, j'espère que Besson la lira et bien d'autres...je fais circuler..merci
Commentaire n° 1 posté par catherine reboul-heinrich le 22/03/2007 à 17h31

Salut Claire,


j'espère que tu vas bien depuis la IUSY ! et que la campagne bat son plein dans le vaucluse. Jocelyn m'a transmis récemment l'adresse de ton blog et je l'ai mis en lien avec le mien : EVEIL ! vas y faire un tour si t'as le temps entre deux tractages !


A bientot


Annaïg

Commentaire n° 2 posté par annaig le 25/03/2007 à 19h02

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