On ré-ouvre le débat...
Notre dernière Assemblée Générale au MJS a sans doute été l'une des plus enrichissantes depuis mon adhésion. Nous avons discuté le texte
d'orientation proposé par le Bureau National et amendé les parties qui nous posaient problème.
L'un des débats les plus houleux était peut être question de sémantique mais avait à nos yeux une charge idéologique essentielle. Alors,
nous avons bataillé dur, nous avons discuté, raisonné, questionné pendant presque trois quart d'heure... pour perdre lors du vote.
Peu importe, ça nous a, nous, conforté sur notre position et ça a permis à chacun des militants présents (ou au moins à la plupart, à ceux qui ne sont pas là pour voter avec le courant
majoritaire comme certaines tristes victimes du réflexe pavlovien) de construire un débat argumenté. Après tout, c'est ça le rôle d'éducation populaire que s'est assigné le
MJS.
Voici ce que dit le texte d'orientation:
"Trop souvent le combat de l'égalité est considéré comme archaïque. Aujourd'hui, certains à droite
affirment qu'il faudrait se tourner vers l'égalité des chances, c'est à dire se contenter de faire
en sorte que les chances soient égales sur la ligne de départ, peu importe la violence de la compétition pour peu que la fiction du mérite serve à se donner bonne conscience." A cela, le texte
lui préfère le terme "égalité d'autonomie" [...] "qui fait de l'égalité des droits un préalable, de la concrétaisation de ceux-ci un souci permanent, de
l'égalisation des conditions de vie une préoccupation essentielle."
L'égalité des droits résonne dans ma tête comme le grand truc du moment, le "droit opposable" qui, outre le côté symbolique important,
ne résoud en rien les problèmes existants. Et "l'égalisation des conditions de vie" s'apparente, selon moi, à l'égalitarisme, dans son côté naïf ou, pire, dictatorial.
Peut être, comme le disais-je précédement, tout n'est que sémantique, et que le malentendu vient simplement de la définition que chacun
avait des deux notions (puisque au final, nous étions en parfait accord avec la suite du texte, les constats et les propositions) mais il me semblait important de réaffirmer que la notion
d'égalité des chances n'est en aucun cas l'appanage de la droite et que c'est là justement l'un des enjeux du
socialisme...
Je vous laisse lire comment mon Doud a, lui, argumenté sur son
blog et le rejoins complètement sur le sens que John Rawls donne à cette notion qu'on ne peut pas abandonner à l'UMP qui n'essaie en rien de pallier les différences hélas inhérentes à notre
société.
Récemment choqué d’avoir été confronté au cours d’une réunion de jeunes socialistes, à une majorité refusant de placer « l’égalité des chances » comme
axe prioritaire du dogme socialiste, je me permets donc de vous apporter quelques détails sur cette notion.
L’égalité des chances, c’est une exigence qui veut que le statut social des individus d’une génération ne dépende plus des caractéristiques morales,
ethniques, religieuses et sociales des générations précédentes.
C'est cette vision de l'égalité des chances qui constitue l'un des fondements de la théorie de la justice de John Rawls (Philosophe Américain) : « en
supposant qu'il y a une répartition des atouts naturels, ceux qui sont au même niveau de talent et de capacité et qui ont le même désir de les utiliser devraient avoir les mêmes perspectives de
succès, ceci sans tenir compte de leur position initiale dans le système social. » L’égalité des chances n’est donc pas non plus à confondre avec « l’égalitarisme ».
Il ne s'agit pas seulement d'une égalité de droit, garantie par la loi, mais d'une égalité de fait : le système scolaire doit ainsi permettre à un enfant
issu d'une classe défavorisée d'accéder à une carrière adaptée à ses capacités.
J'aimerais donc que ces "cadres" du MJS prennent le temps d'y réfléchir ou de m'expliquer en quoi la notion -d'égalité des chances- est incompatible avec
leur vision du socialisme...
Et vous? Quelle est votre définition du terme "égalité des chances." Doit-il être supplanté par celui d'"égalité des droits?"
Cher Nicolas
Il est alors dommage que ces « cadres » du MJS sortent prendre des cafés dans une autre pièce pendant les débats. Effectivement « la politique est un débat », alors acceptez le, acceptez que ce qui est écrit dans vos « textes d’orientation » ne soit pas la vérité absolue et puisse être contesté, discuté et amendé en AG.
Par ailleurs, citer une étude sociologique ne veut évidement pas dire que l’on détient la vérité, mais cela permet d’amener du fond et de la matière au débat. Et, s’il est entendu que l’on peut ne pas être d’accord avec ces études scientifiques, il faut alors être en mesure de le démontrer. C’est d’ailleurs la base de n’importe quel débat, être capable de faire valoir sa logique et sa démonstration face à celle de son ou des ses contradicteurs. C’est aussi cela (en tout cas pour moi) qui contribue à l’éducation populaire.
Il est d’ailleurs dommage que ton commentaire ne soit pas accès sur le fond du problème (égalité des chances ou égalité des droits), sur lequel tu ne t’es à aucun moment prononcé au cours de cette AG.
Enfin, je suis inquiet de voir tous ces jeunes militants parler de rénovation, de refonte du PS et du socialisme et tourner le dos au débat dès que celui-ci se présente. Il ne suffit pas de vouloir réformer pour réformer. Où va-t-on aujourd’hui ? Comment doit se décliner le socialisme en 2007 ? Tout ça me semble essentiel, et une partie du débat de l’autre soir était en grande partie centré autour de l’évolution de l’idéal socialiste.
@+
Cyril
Qui s'est prétendu "expert" dans le débat? Depuis quand amener des arguments avec des références est une tendance à "expliquer la vie"? Il me semble que c'est ça le débat que tu réclames, justement, et qui a tenté d'être avorté (1) par ceux qui trouvaient que ça ne servait à rien de pinailler, (2) par ceux qui avaient envie de rentrer tôt, ou (3) par ceux qui, à court d'arguments, réalisaient qu'ils étaient en train de perdre la face et sont partis se faire du café.
Merci d'ailleurs à ceux qui sont restés et ont défendu leur point de vue.
Benoît Curinier déclarait dans un précédent article qu'il n'y a pas d'opposition "destructrice" et que toute opposition est "constructive." Je le rejoins complètement sur ce point mais il faudrait que vous vous mettiez tous d'accord, alors. Nous étions (et sommes) là pour débattre, et attendons, logiquement, qu'on nous propose des contre-arguments construits et persuasifs.
Si c'est pour nous asséner des discours pré-mâchés (je parle là de tous les courants auxquels j'ai été confrontée - TAG, SDJ... - dont les membres sont parfois les simples porte-voix des "cadres"), ça n'est pas la peine. A ceux-là de partir et de nous laisser débattre entre personnes libres et ouvertes.
Si par contre, chacun accepte les positions des autres sans immédiatement les cataloguer des "foutteurs de merde" parce que membres d'un autre courant, ou "experts" qui veulent imposer "des vérités et des certitudes" à ceux qui sont là, alors oui, ça devient intéressant et enrichissant pour chacun.
PS: Je ne me suis jamais emportée dans les commentaires - relis les dizaines que j'ai pu écrire précédemment - mais j'avoue que là, ta mauvaise foi me met en rogne...
"La pire..." - En quoi?
Je précise juste pour les personnes qui liraient ce blog sans avoir assisté au débat, que ce qui nous est reproché ici est d'avoir eu le malheur d'expliquer que si les couches sociales les moins favorisées de la société sont sous représentées à l'Université c'est plus en raison d'un déficit d'éducation (de capital culturel comme dirai Bourdieu) que pour des raisons économiques (en conséquence de quoi, donner de l'argent ne suffit pas et ne réduit pas les inégalités à ce niveau là, seule une lutte contre ce qui cause ces inégalités étant de nature à les résorber - Bref, il faut attaquer les inégalités à la racine, avec par exemple un service public de la petite enfance comme cela est proposé par l'ex programme du PS).
Maintenant, si expliquer ce fait là, unanimement reconnu par toute personne qui s'est interessé deux minutes à cette question doit nous faire passer pour "des experts qui vont nous raconter la vie"...J'assume. Je répondrai juste, que pour pouvoir créer un vrai débat, encore faut-il que les personnes qui y participent aient un minumun de connaissances sur le sujet. Tous le monde n'a pas les possibilités de débattre sur tout. Si tu crois le contraire, organise les réunions de ta fédération au bar du coin, tu y trouvera toutes sortes de personnes prêtes à débattre de tout et de rien avec plus ou moins de sérieux.
Perso, le jour ou l'on débat du l'avenir du nucléaire ou de la question des OGM, je me renseingne sur ces questions que je ne connais pas...sinon je me tais.
(P.S. Quand sur les quatres personnes qui te soutiennent cela, trois sont enseignantes, deux à l'université, je pense qu'une réaction saine et intelligente aurait été de les écouter plutôt que de les accuser d'énoncer des vérités en l'air).
Je sais que tu t'es simplement emporté. C'est dommage... j'étais ravie que tu penses à expliquer aux lecteurs le sens du débat et étais complètement d'accord avec le début de ton message.
Pour le reste, on en a déjà parlé plusieurs fois ensemble et nous sommes irréconciliables sur ce point. C'est pour cette raison que je veux croire que le tirage au sort puisse être une alternative à quelques suffrages quand toi tu refuses cette idée.
Mais merci à toi de nous contrer aussi. Ca nous oblige à revoir nos positions sans cesse.
Merci donc pour cette réunion MJS qui loin d'être "la pire", je le réaffirme a sans doute été "l'une des meilleures."
à quel plaisir de débattre avec des vauclusiens. je suis enseignant moi aussi mais je n'aurais jamais eu l'idée d'utiliser ca dans un débat politique...désolé chers camarades mais aux débats de prétendus experts sur des notions pour se faire plaisir, je préfere débat constructif de conviction sur des thématiques concrètes (logement, developpement durable, urbanisme, etc.) heureusement, c'est le cas dans toutes les autres réunions auxquelles j'ai participé!
Après ma réponse au message de Lionel, tu (comme les différents AFs que nous avons eu) utilises un pluriel qui n'a pas lieu d'être. Cessez d'être manichéens. je ne suis pas Lionel, Lionel n'est pas Claire, Jocelyn n'est pas Lionel...
Ce n'est pas parce que nous nous rejoignons sur quelques points que tu peux grouper tes accusations.
Tu as toi même vu que (contrairement à certains au MJS) nous ne sommes pas toujours solidaires envers et malgré tout et que quand nous différons sur un point, nous n'hésitons pas à le manifester et à voter différemment.
Merci d'en tenir compte et surtout de le conseiller à chaque militant.
Et puis s'il te plaît, réponds enfin sur le fond. Il me semble que Lionel a expliqué qu'il était allé un peu loin dans ses propos. Nous attendons par contre toujours des débatteurs sur la question initiale...
Cher Nicolas,
Bien sur je ne peux être que d’accords avec toi, je pense effectivement que Lionel s’est emporté.
Cependant, encore une fois, et comme décidément beaucoup de TAG, tu ne réponds jamais sur le fond - c’est à croire que vous en manquez-. Pourquoi ne réponds tu pas aux deux commentaires de Claire et moi-même ?
Par ailleurs, je pense (ce n’est qu’une interprétation de ma part, même si je ne suis pas le seul à le penser, mais avec toi il faut se méfier, je ne veux pas que tu prennes mal une simple réflexion de ma part et que tu l’interprètes comme une grande vérité) que les « débat constructif de conviction sur des thématiques concrètes (logement, développement durable, urbanisme, etc.) » dont tu parles, sont l’apanage de l’échec actuel du socialisme en France. Comment les électeurs de gauche ou tout simplement les Français peuvent avoir confiance en ce parti, si, nous-mêmes socialistes ne savons plus vraiment ce que nous sommes, et qu’aujourd’hui le socialisme c’est : se contenter de faire du petit bricolage pour nuancer le néolibéralisme sans être capable de dégager une ligne idéologie claire.
Alors je te repose la question de manière plus claire : Penses tu que l’idéologie socialiste est aujourd’hui axée sur : rétablir l’égalité des chances, ou rétablir l’égalité des droits ? Parce qu’aucun de vous n’a été réellement capable d’y répondre à la dernière AG, et que c’est grave de la part de cadre du MJS censé participer activement à l’éducation populaire.
PS : Bien sur je ne conteste pas l’importance de débats plus concrets (logement, développement durable, urbanisme, etc.), mais il faut bien que nos choix « dits concrets » soient orientés par une certaine idéologie. Par ailleurs, comment pouvez-vous parler de refonte ou de réforme de la gauche et du PS si à aucun moment vous vous interrogez sur la ligne idéologique qui inspire nos choix ? C’est bien ce qui m’inquiète, quand vous parlez de refonte, de réforme, ce n’est que de la poudre que vous jetez aux yeux de vos militants. N’oubliez pas que votre devise est : « droit d’inventaire, devoir d’inventer » et que cela implique certainement une certaine réflexion philosophique sur « quoi inventer » (j’espère que vous n’allez pas vous contenter d’inventer une énième carte jeune pour prendre les transports en communs…).
@+
Cyril
Je feinte, j’évite, j’accélère et finalement je botte en touche. Est-ce l’effet coupe du monde de rugby, ou manques tu réellement de fond M. Nicolas ?
Encore une fois Nicolas, excuse moi de recentrer le débat. Il n'est pas question de discuter de belles théories et du sexe des anges. Le débat a des conséquences pratiques directes dont celle dont nous avons parlé pendant cette AG sur l'école et l'utilité de l'allocation autonomie jeunesse. Nous avons débattu sur un sujet très pragmatique...l'éducation. FAut-il en matière d'éducation accorder une égalité des droits (Donner à chacun les mêmes droits et l'argent pour réussir ses études avec par exemple l'allocation autonomie) ou faut-il considérer que les conditions de l'accès à l'université sont un peu plus complexes qu'une question d'argent et que le "capital culturel" est beaucoup plus déterminant que le capital social dans la réussite des études? Si l'on crois cela, alors l'égalité des droits ne sufit pas à combler une inégalité se creusant à la racine dans les familles. Il faut alors mettre en oeuvre une politique de comblement de ces inégalités avec par exemple un service public de la petite enfance. Voilà ce que ça veut dire la différence entre égalité des droits et égalités des chances. Nous avons eu cette discussion sur l'école. Certains préfèrent donner à tous le monde de l'argent (même droits) et pensent que ça suffira. D'autres (comme nous) pensent que ce n'est pas l'argent qui est le facteur le plus discriminant (même si ça en est un) et croient(et excuse nous de connaitre des sociologues comme Bourdieu ayant travaillé sur la question) que donner à chacun la même chose ne suffit pas. Tu étais là pendant cette AG. Puisque tu ne veux pas disserter sur le sexe des anges. J'attends tes remarques sur ce point, on ne peut plus précis, qu'est la mixité sociale à l'université.
inégalités sociales versus inégalités culturelles c'est typique d'un certain groupe politique qui n'a aucun sens de la nuance. enfait les deux se nourissent l'une de l'autre et si nous avons encore peu d'outils pour lutter contre les inégalités culturelles (si ce n'est l'enseignement artistique à l'école qui ne répond qu'à une partie de la question...) enrevanche nous avons des idées d'outils pour lutter contre les inégalités sociales: logement, transports, université, tout sera dans le texte d'orientation du MJS! mes camarades, un seul conseil: un peu d'humilité dans vos reflexions! :-)
Cher Nicolas,
Le débat ne portait pas sur « social » vs « culturelle », mais bel et bien sur « égalité des chances » vs « égalité des droits ».
… attention au hors sujet M. l’enseignant…
Néanmoins, il me semble qu’encore une fois que nous ne sommes pas tout à fait sur la même longueur d’onde. Quand nous parlons de fossé Socioculturelle, social et culturel ne font plus qu’un seul mot. Nous ne parlons donc à aucun moment d’art, de visite de musée, ou de connaissance en musique classique ou en Jazz, mais de la violence symbolique liée à notre -lieu, famille ou environnement de naissance- qui aura inexorablement un impact sur nos choix futurs, la manière dont nous utiliserons nos capacités intellectuelles et donc sur nos capacités à nous intégrer dans la société qui nous est proposées. Bien évidement il faut lutter contre les inégalités sociales -d’ailleurs qui de nous a dit le contraire- mais, notre point de vue était que cela ne suffit pas, et que, même si l’idéologie semble être la bonne, le rôle d’un politique est aussi de savoir faire un bilan de ce qui marche et de ce qui ne marche pas (exemple, l’université quasi gratuite et pourtant que 5 à 10% d’enfant d’ouvrier, ce n’est donc pas un pb financier mais donc bien un pb d’éducation, de culture, d’environnement social etc… bref un pb socioculturel).
C’est pour cela que Lionel proposait de mettre l’accent sur un service publique de la petite enfance (je te conseil d’ailleurs la lecture du livre : « le verbe contre la barbarie » ). Alors, expliquez moi ce que vous considérez comme n’étant pas de gauche dans cette proposition et pourquoi n’avez-vous pas voulu l’écouter (à part parce qu’elle venait de Lionel qui est SDJ).
@+
Cyril
Je me demande juste en tant que citoyenne de ce beau pays épris de justice et d’égalité, pourquoi l'on a le droit en toute impunité d'insulter la moitié de la société, alors que les minorités (Juifs, homos, Noirs), et c'est tant mieux, bénéficient d’une protection juridique ...
"Qu'est ce qu'une injure sexiste ?
Une injure sexiste fonctionne exactement de la même manière qu'une insulte raciste ou antisémite. Elle s'inscrit forcément dans un rapport dominant-dominé. Elle renvoie son objet au seul aspect de son existence qui intéresse le dominant. Dans le cas de l'injure raciste, traiter un Noir de sale nègre, c'est le réduire tout entier au seul aspect de sa personne perceptible par le raciste : la pigmentation de son épiderme. La couleur de sa peau devient opposable à un individu, le déconsidère, l'anéantit aux yeux de son insulteur. A partir de là, le raciste décline à l'infini ce qu'il prétend pouvoir reprocher au Noir, à savoir son infériorité supposée qui justifie l'insulte. La boucle est bouclée. Imaginons le processus d'insulte au ralenti, à partir du moment de l'impact sur l'insulté-e :
L'insulteur-dominant réduit l'insulté-e à sa différence. La richesse et la complexité de l'insulté-e disparaît. Le Noir est réduit à son épiderme. Cette réduction équivaut à une mutilation. L'insulteur n'a pas à faire preuve d'imagination : il s'appuie tranquillement sur l'idéologie dominante, il se permet de définir l'autre. Première phase, de destruction.
L'insulté est partiellement détruit. L'insulteur se porte comme un charme. Il éprouve même cette certaine qualité de satisfaction propre à qui vient de se défouler sur autrui. Il constate les dégâts sur l'autre, et cette constatation elle même lui sert à justifier sa propre supériorité. Deuxième phase, de justification-confirmation.
Ça roule tout seul. Celui qui est traité de sale juif subit le même traitement. Aux yeux de l'antisémite, le mot juif (même pas sale !) est en soi une insulte. Qui est juif ne saurait être à égalité avec un être humain normal, à savoir un non juif. Il suffit donc d'affirmer le mot juif pour anéantir l'autre. Dans cette galère, le Noir et le juif se retrouvent dans la même situation, à savoir du mauvais côté d'un rapport de domination. Pour leur soulagement, ils bénéficient dans notre beau-pays-champion-du-monde-de -foot-et-des-droits-de-l'homme, des effets d'une loi qui réprime les insultes racistes et antisémites. Ça ne supprime pas le problème, mais ça permet et de le faire reconnaître, et de se défendre.
Venons-en aux injures sexistes, qui ne se basent ni sur la couleur de la peau, ni sur la culture religieuse, mais sur cette partie de l'anatomie qui se situe entre les membres inférieurs. Là encore, nous sommes dans un rapport de domination. C'est même le plus profondément enraciné. Quand on est de surcroit et Noire, et Juive et lesbienne, on est pas sortie de l'auberge. Qu'oppose t'on à une femme quand on l'insulte ? On lui oppose le simple fait d'être une femme. C'est à dire, avant tout, de ne pas être un homme.
L'insulte salit et rabaisse celle qui en est l'objet. Elle la réduit toute entière à son sexe et à ses attributs ou fonctions supposés.
L'insulteur, vis à vis des femmes, décline à l'infini le thème maman ou putain. De ''vas te faire baiser, salope'' à ''retourne à tes casseroles, bonniche'' il fixe la limite du domaine imparti aux femmes. Au passage, en la réduisant à son sexe, en affirmant qu'elle n'est que ça, il confirme une idée chère au sexisme : les femmes n'ont pas de cervelle. Il dit tu n'existes pas, ou plutot tu n'existes que là ou je te laisse exister. Et gare à toi si tu sors du territoire que je définis. L'insulte fait partie intégrante de l'arsenal de la misogynie. Elle en est la première étape. Le stade verbal avancé. Le panel d'insultes spécialement destinées aux femmes est extraordinairement riche dans notre beau langage. C'est qu'on a besoin de beaucoup de ciment pour consolider le mur de mépris qui tient les femmes en place siècle après siècle. Et quand les mots ne suffisent pas, il suffit de passer à l'étape suivante. L'ordre masculin est bien gardé. Les résistantes auront affaire à des violences de moins en moins symboliques. Entre l'inflation verbale et la brutalité physique, le chemin est parfois extrêmement court. Et la violence physique, étape après étape, ne connaît qu'une limite : la mort. Entre ''salope'' et le coup ultime qui arrache la vie, il y a certes une énorme différence de degré, mais pas de nature. C'est la logique de la loi du plus fort, qui comme chacun sait, est sinon la meilleure du moins la plus efficace pour qui veut imposer à autrui sa vision du monde.
Quelle est la fonction d'une insulte sexiste ?
La capacité à dominer et contrôler les femmes est la base même de tout système patriarcal, dont le nôtre. Dans ce contexte, une insulte sexiste sert à maintenir l'ordre établi. Une insulte est comme un CRS qui n'a pas encore chargé : il est là pour empêcher de passer. Plus une petite fille comprend tôt la place qui est la sienne, plus elle se soumet aux règles qu'on lui impose, plus elle donne satisfaction au système. Et plus le piège se refermera sur elle. On lui signifie qu'obtenir l'approbation du dominant est la règle de survie numéro un. La fonction de l'insulte c'est de signifier qu'au delà de cette limite on risque un coup de matraque sur les clavicules et un jet de lacrymos dans les narines. Ça calme les plus audacieuses, ça paralyse celles qui suivent.
Quelles sont ses conséquences ?
Evidemment, une femme qui accepte de n'exister que là ou elle est censée exister accepte de vivre en prison. C'est tous les jours, sans arrêt, tout le temps et partout que les femmes sont confrontées à des insultes qui détruisent leur image d'elles mêmes. Ça crée un contexte non pas encore de terreur, mais d'une peur banalisée, d'un contrôle constant de soi même. Etre sûre de soi après un tel traitement relève de l'exploit. Jour après jour les femmes résistent. Mais l'énergie passée en permanence à ne pas se laisser submerger par la déconsidération, c'est autant de force qu'on ne place pas ailleurs, c'est autant d'espace envahi par nos détracteurs.
Heureusement, les rapport dominants dominés ne sont pas des rappports stables. Bien sur il y a le poids de la culture, de la tradition qu'il est difficile de déplacer, mais aucun pouvoir n'est ni acquis ni éternel, il se déplace constamment. "
Pourquoi cela est-il encore au XXIème siècle considéré comme allant de soi ? Les femmes n'ont donc aucune importance aux yeux de la loi ? On peut les insulter, les violer, les tuer même, sans provoquer aucun tollé médiatique ... Elle est où l'égalité, lorsque l'on se fiche comme d'une guigne de la moitié de l'humanité ???
Pourquoi l’assemblée Nationale, censée représenter le peuple de France, ne votera pas de véritable loi contre les injures sexistes ? Parce qu’ils sont 80% d’hommes qui s’en fichent comme d’une guigne… et que nombre des 20% restant ont peur d’être taxées de féministes et cherchent à se faire bien voir… où à éviter de se faire insulter.
Si une vraie loi contre les injures sexistes était votée, nombre de présentateurs radios/médias, d’hommes politiques, de publicitaires, nombre de ces gens qui représentent le pouvoir et sont censés être un modèle à suivre, essuieraient procès sur procès. Non, ils veulent continuer à insulter tranquillement ; c’est leur fond de commerce.
C’est pourquoi nos gamines continueront de se faire insulter à l’école par des petits machos, avec l’aval du pouvoir médiatique et juridique. C’est pourquoi des hommes politiques en vue continueront d’insulter leurs collègues, car tous les coups sont permis, même les plus bas.
L’insulte sexiste est drôle, c’est de l’humour… vous ne comprenez donc pas l’humour ?
Que faut-il donc faire : insulter à notre tour ? (et ce n’est pas les insultes ni les blagues « sexistes » anti-machos qui vont manquer …) Balancer des coups dans les roubignolles (comme le font à présent les gamines) ? Former des brigades de « Blacks Panthers » ?
Quand il n’y a pas de véritable protection juridique, le seul moyen de se faire respecter, c’est de rendre coup pour coup.