Mardi 14 août 2007
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Opération à coeur ouvert: la der des der
Je réalise aujourd'hui que mon blog ne remplit plus la mission qu'il s'était assignée au départ (notez le nom de la catégorie dans laquelle je m'étais inscrite en décembre dernier, dans la
colonne de gauche de la page d'accueil) et que mon espace administrateur se transforme (dangereusement) en canapé thérapeutique, que l'icône "statistique" est sollicitée de manière obsessionnelle
(elle me révèle chaque jour le nombre de visiteurs et cultive et flatte mon besoin d'être aimée) et mes articles se muent en un vide sidéral que compense une forme que j'essaie de rendre
agréable.
C'est pour cette raison que je ne sais pas quoi faire vis à vis de ce tag que j'ai réçu il y a dix jours et que je suis censée refiler, comme un chat noir, à cinq autres personnes. Il m'impose en
effet de gratter un peu plus encore mon nombril, de vous offrir une photographie de moi, nue, au moment même où je voudrais revenir à plus de propositions politiques, de partage d'expériences
pédagogiques, de conseils cutlurels ou éventuellement de chroniques à la Alain Rémond, qui semblent de prime abord d'une vacuité un peu lassante mais qui au fond, en disent plus qu'il n'y
paraît.
Avant d'obtempérer, je me suis posée la question de l'intérêt du tag. Je n'en vois que quatre - soit perverses, soit inutiles, soit absurdes.
On taguerait donc ses potes pour:
(1) faire perdre du temps à tout le monde - aux bloggeurs (qui vont se creuser la tête, rédiger leur article puis chercher cinq adresses de blogs) et aux lecteurs (qui remarquent qu'un
commentaire a été ajouté, qui cliquent sur le lien, qui commencent à lire et qui, par on ne sait quel absurdité, lisent jusqu'au bout des confessions qui n'intéressent personne.)
(2) booster les blog ranks des potes puisqu'on "lâche un com" et qu'on visite obligatoirement cinq sites - dans ce cas, c'est dommage. Contrairement à nos médias, nous ne sommes que
symboliquement tributaires du nombre de lecteurs et nous avons encore, sur le blog, le loisir de ne pas s'attacher à ce genre de considérations mercantiles.
(3) obliger le blogger à confesser des choses inavouables et ce, afin d'ôter ce filtre qu'il impose à ses lecteurs, ne dévoilant que ce qu'il veut bien montrer, c'est à dire des choses qui
remporteront l'adhésion du plus grand nombre. Si c'est là le but de l'instigateur du tag, il s'est fourvoyé puisque c'est le blogger qui choisit les cinq vérités qu'il veut bien partager (j'en ai
logiquement peu lues de douloureuses ou d'avilissantes). Ca n'a donc pas grand intérêt.
(4) polluer les blogs de ceux qui ont choisi ce support dans un but pédagogique - ce qui va finir par agacer sérieusement les lecteurs et porter préjudice à ce formidable outil de
communication.
CQFD: le tag me fait chier, sinçèrement. Mais (je vous l'ai déjà dis), je suis
un peu supersticieuse et puis, quand on me demande quelque chose, en général, je le fais. Alors, j'ai décidé de transcender (j'aime bien ce mot, je l'utilise trop) le tag: tout en
m'exécutant et en obéissant aux régles, je vais essayer de lui donner un intérêt, afin que les lecteurs potentiels n'aient pas perdu leur temps
(1) Je suis un imposteur en écriture: je trouve la plupart de mes citations sur le site evene.fr (ayant une mémoire très peu fiable) et je consulte beaucoup le dictionnaire de
synonyme. Finalement, je mets en pratique les conseils que je prodigue à mes élèves: le savoir-faire vaut tellement mieux que le savoir! Savoir où chercher un élément, savoir se l'approprier,
éventuellement l'adapter... voilà la clé de la réussite (la réussite étant ce bien être, cette sensation de s'être rapproché au maximum de nos limites, de l'impossible)
(2) Je pleure autant que je ris devant la série Scrubs et ai fondu en larmes devant l'épisode où Laverne est dans le comas. Pire,
j'ai l'impression de beaucoup apprendre de cette série moralisatrice. Ca me renvoit à la convicton du Dr Winkler qui voit dans les séries américaines un aspect culturel
indéniable et m'interroge sur la distinction que la brillante philosophe Marie-José Mondzain fait entre "culture de masse" et "culture populaire." Pour elle, la culture de masse est
un produit industriel dirigé vers le consommateur. On sera d'accord pour dire que Scrubs s'apparente alors à cette catégorie (c'est une série sur une bande d'internes en médecine qui
fonctionne sur le schéma vendeur d'aventures indépendantes, souvent drôles, parfois larmoyantes, qui s'articulent autour d'un couple instable qui se fait, puis se défait, puis se refait et avec à
la fin de chaque saison, un coup de théâtre qui vous surexcite et vous anéantit en même temps). Pourtant, Marie-José Monzain définit la culture populaire ainsi: elle "donne les moyens et
les ressources de penser à partir d'un ressenti." Chacun conviendra que Le Roi Lear de la cour d'honneur ou le Secret du Temps plié de Gauthier Fourcade pour le théâtre et
Babel ou La vie des autres pour le cinéma m'ont donné à réflechir et m'ont aidé à grandir cette année... et ça parait normal, vu que ce sont des créations dont on admet
volontiers le côté artistique. Et bien, je vous l'annonce, Scrubs me fait le même effet. Et j'ai donc l'honneur d'ériger cette série au rang de "culture" dans un premier temps, et de
"culture populaire" s'il faut être plus précis.
(3) Je suis pétrie de contradictions: alors que je vénère la conception platonicienne de la connaissance qu' Albert Jacquard a transféré à la compréhension ("Celui qui ne
comprend pas, et qui le dit, est celui qui fait le plus évidemment preuve d'intelligence car il a compris qu'il n'a pas compris et c'est ce qui est le plus difficile à comprendre. Remercions-le,
car il fait un cadeau à tous ceux qui, autour de lui, croyaient, à tort, avoir compris")
je prétendrai toujours avoir compris ce qui est énoncé en publique quand pourtant il me manquera la définition d'un mot-clé ou quelques références
historiques. Je ne prendrai jamais un air interrogatif et n'avouerai sous aucun prétexte à mon interlocuteur que "je n'ai pas compris." En général, je note la carence dans un coin de ma tête me
jette discrètement dès j'en ai l'opportunité, sur la toile pour pallier mes lacunes. Les derniers exemples en date: nonobstant, bérézina et omerta, dont j'ai dû
chercher le sens ce mois-ci. Et après, j'ose reprocher à mes élèves de ne pas lever la main et attirer sur eux vingt-quatre paires d'yeux moqueurs quand quelque chose leur échappe. Aïe, aïe,
aïe...
(4) N'en déplaise aux Italiens, nous n'avons pas considéré, lors de notre périple ligurien, que les Cinque
Terre sont le paradis sur terre et que la région du golfe de Gênes resplendit comme un joyau unique dans l'écrin méditerrannéen. Ben oui, je l'avoue, à force de vivre en Provence, on
est un peu blasé: La Ligurie est à la Côte d'Azur ce que la Toscane est au Lubéron: des clones! C'est là qu'on a tiqué: le Routard, dithyrambique, doit être rédigé par des Parisiens et
il va falloir s'y faire: nous sommes devenus difficiles et exigeants à force de vivre dans notre splendide région. Va paut être même falloir mettre ce snobisme de côté qui consiste à considérer
qu'on n'est vraiment en vacances que lorsqu'on part à l'étranger et être enfin excités et fiers à l'idée, dans les années qui viennent, de partir dans les Landes, dans le Cantal, à Belle Ile ou
en Alsace.
(5) Ca fait (trop) longtemps que je n'ai plus posté d'articles sur la politique tout simplement parce que je suis encore un peu écoeurée et puis qu'après une
période d'intense militantisme, je suis un peu paumée.
Je n'ai pas envie, pour l'instant, d'attaquer la droite sur la forme (je regrette presque que Marianne consacre la moitié de sa couv' chaque semaine à la droite bling-bling ou au style Sarko et
ai tendance à préférer la méthode de l'autruche et les publications Sarko-free de Courrier International). Et je n'ai pas non plus la force de l'attaquer sur le fond. Je m'étais pourtant
promis de tenir un carnet de bord qui commencerait au 7 mai 2007 et qui répertorierait tout et ce, afin de ne rien laisser passer. J'ai un peu honte pour l'instant de prouver que M. Sarkozy a
réussi (même momentanément) à me décourager.
Je ne désire pas écrire sur la gauche en déconfiture, non plus, d'avouer que je redoute son incapacité à se rénover et à sortir grandie des bérézinas ;-) qu'elle vit depuis une dizaine d'années.
Je ne souhaite pas confesser que j'ai peur de ceux qui veulent sauver à tout prix les symboles et l'appareil PS au détriment de l'idéologie mais aussi de ceux qui croient que l'histoire se répète
inlassablement et qui invoquent les fantômes socialistes à tout bout de champs, pensant qu'il suffit de réunir les conditions de 1936 ou de 1981 pour convaincre à nouveau.
Je ne veux pas enfin confier que mon expérience militante locale me pousse progressivement à adopter envers le système des partis une déception voire une certaine méfiance. Du coup, je suis à la
recherche d'alternatives. Je vous en dirai plus qu'en je serai plus calée sur le sujet. Quelques pistes quand même: les idées folles d'Etienne Chouard et la conférence de Pierre Rosanvallon et Yves Sintomer, au
théâtre des idées à Avignon, diffusée sur France Culture et podcastée sur le site, disponible pour quelques semaines encore.
Voilà. Chose promise, chose dûe.
C'était la première et la dernière fois.
Par Claire
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