
Le blog de Claire Quoirin
The Speakers' Corner
Le documentaire de Michel Royer et Karl Zéro, "Dans la peau de Jacques Chirac," vient de sortir en DVD. J'ai donc ressortis du placard un texte que j'avais écris en mai dernier pour le MJS 84, à l'occasion de sa sortie au cinéma:
"Le Menteur doit avoir bonne mémoire" disait Quintilien...
Nous aussi!
Serez-vous d'accord pour dire que le cinéma, synecdoque de l'art en général, est un peu un sismographe qui enregistre les chocs et tremblements de la société qui le génère ? Et que plus il y a de films engagés, de documentaires partisans, de courts-métrages décoiffants, plus il est à voir une situation malaisée de notre société ? Eh bien aujourd'hui - et ce n'est pas moi qui le dit, c'est Courrier International - « le cinéma engagé vit un moment d'agitation féconde. » Et s'il fallait donner un ordre de grandeur, en jaugeant la situation à partir de la création, du bouillonnement, de l'effervescence, de l'émulation cinématographique, on placerait sans doute l'aiguille à 5, 6 voire même 7 sur l'échelle de Richter. Est-ce à dire que le monde va mal ? Je le pense. En tous cas, le cinéma politisé, lui, se porte à merveille. Et c'est un délice pour nous, cinéphiles, cinéphages et citoyens.
Parcourez les dernières gazettes et vous découvrirez une Afrique abattue par tous les maux du monde certes, mais une Afrique sur le devant de la scène (on les dénonce, enfin, ces fléaux, grâce notamment à ce qui constitue peut être un quadriptyque devenu populaire « le cauchemar de Darwin/Constant gardener/Lord of war/Shooting dogs »). L'Italie se rebelle, après avoir été bâillonnée, elle aussi. Après son brillantissime « Viva Zapaterro », elle nous offre une « déclaration de guerre totale contre la connerie humaine » avec le dernier film de Nanni Moretti. Outre manche et outre-atlantique aussi, ça fourmille : l'Angleterre, les Etats-Unis, l'Amérique du Sud mais n'oublions pas pour autant... la France.
Parce que chez nous, semble-t-il, ça ne va pas bien non plus. Crise sociale, crise institutionnelle, crise politique: le cinéma en profite et se « saisit d'un espace de parole déserté par les politiques pour se faire les porte-voix ou les symboles de la contestation » et c'est tant mieux (même si on aimerait que la politique réinvestisse cet espace, rapidement). On a eu « 9m2 pour deux » (épatant), « sauf le respect que je vous dois », « ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés » ...
Pour autant, ce n'est pas vraiment un film politique; la gazette l'annonce même comme un film « apolitique ». Ce n'est pas non plus un drame familial à pleurer avec en filigrane, la dénonciation d'un système libéral qui tue les petites gens ; notre film est qualifié par Karl Zéro de « docu-marrant ». C'est juste, histoire de le marquer au fer rouge afin qu'il reste dans les annales, le portrait du plus grand comédien de tous les temps, la biographie de celui qui crève nos affiches au MJS et dont le nom est aujourd'hui indissociable du mot « menteur », les deux réunis frisant la redondance voire le pléonasme :
Môssieur Karl Zéro et son acolyte Michel Royer nous proposent une heure et demi pour s'en payer une tranche et on a décidé de rire un peu, en ces temps maussades et insipides. Voici la bonne annonce, pour vous allécher...
Ce n'est peut être pas un film politique, au sens littéral du terme (Michel Royer s'en défend) mais c'est malgré tout « un film sur la politique, le cynisme, la cruauté, la violence et le rire qui vont avec » et ça suffit pour donner à réfléchir. Et puis, surtout, quand on aura fini d'en rire, ça permettra de ne pas zapper. C'est aussi à ça que ça sert le cinéma : dans une société qui a la mémoire courte, il faut stimuler nos acétylcholines. Le septième art fait office de Ginkgo Biloba. Les anecdotes du film resteront dans la mémoire collective et, espérons le, dans la mémoire de nos dirigeants. Attention messieurs, nous sommes des citoyens avertis. On ne nous la fait pas deux fois ! Et puis si jamais on a la mémoire qui flanche, au printemps prochain, on se les repassera donc, ces pense-bêtes, sur des écrans géants, à la fac, dans les quartiers, sur les grands' places pour que cette fois, cette fois, juré, on n'oublie pas.
Date de sortie : 31 Mai 2006 - Réalisé par Michel Royer, Karl Zéro - Avec Jacques Chirac, Didier Gustin - Film français - Genre : Documentaire - Durée : 1h 30min - Année de production : 2005
A très bientôt sur ce blog pour des propositions de réformes que je soumettrai, après débat avec un groupe de réflexion et après lecture de vos commentaires, au MJS Vaucluse, afin de la faire remonter à Solférino.
Quelques pistes de réflexion:
- La bivalence (dans quel but, pour quels résultats, pour quels avantages?)
Parce que les explications proposées par les médias officiels (M. Pujadas sur France 2, Reuters par le biais de Yahoo, ...) sont approximatives et (délibérément?) nébuleuses, j'ai envie d'expliquer ici pourquoi j'ai fait grève aujourd'hui.
Quand je lis en effet que "près de 39% des enseignants des lycées généraux et technologiques et 35% des professeurs des collèges étaient en grève lundi à la mi-journée contre un projet de décret qui augmenterait le temps de travail de certains d'entre eux,"1 je crains que l'opinion publique ne s'embrouille et interprête cette manifestation comme un refus des 35 heures de présence que l'on veut instaurer dans les établissements.
Il ne s'agit pas de cela (et j'aurai sans doute l'occasion, d'ici quelques temps, d'écrire quelques lignes sur cette réforme, qui me semble nécessaire si elle est discutée, réfléchie et menée intelligement).
Pour la première fois depuis très longtemps, tous les syndicats enseignants2 sont d'accord et ont décidé, ensemble, de lutter contre un acharnement systématique contre l'image et les salaires des enseignants.
Ainsi, en supprimant les heures de premières chaires, les heures de laboratoire ou de vaisselle3 (pour économiser 2800 postes, nous dit-on), on laisse penser que chaque heure de cours est interchangeable et que l'on prépare de la même manière un TP ou un cours de science et vie de la terre, qu'un cours de préparation au baccalauréat (avec ce qu'il implique de préparation et de correction de bacs blancs) est aussi prenant qu'un cours de seconde.
En préparant la disparition progressive des heures d'UNSS4, on veut minimiser la stimulation que sucitent la compétition dans le cadre de l'éducation physique, la vie associative et surtout l'un des seuls liens qui existe entre le scolaire et l'extra-scolaire.
En imposant progressivement la bivalence tout en ne formant pas les futurs enseignants sur l'autre matière, on dévalorise directement la tâche des professeurs et on déqualifie le métier. L'enseignant serait donc lui aussi interchangeable. Les matières n'auraient pas leurs spécificités.
En affectant enfin indifférement les enseignants sur plusieurs établissements, on néglige l'importance du travail en équipe et de son impact sur le suivi des élèves.
Il est donc temps de réhabiliter le formidable métier qu'est l'enseignement, aux yeux des élèves d'abord, des parents ensuite et de l'ensemble de la population française. Il est temps aussi d'arrêter l'hypocrisie qui consiste à dire, comme M. de Robien l'a fait ce soir, que ces mesures sont dans "l'intérêt des élèves."5 Il est enfin temps de considérer que le métier de l'enseignant ne se résume pas à des heures de présence devant les élèves.
Je me réjouis donc du succès de cette grêve. Celle-ci a en effet largement été suivie. Dans le Vaucluse, ce sont plus de 55% de grévistes, avec une participation importante au rassemblement et à la manifestation de ce jour (environ 400 personnes). Au plan national, les chiffres varient: 39% des professeurs de lycée et 35% des professeurs de collège selon le ministère et respectivement 53 et 55% selon le SNES - une disparité que je ne comprends toujours pas: le nombre de gréviste effectif est effectivement connu du ministère, en tous cas, au moment de prélever la journée grévée sur le salaire!
Reste à communiquer, à expliquer, à échanger ? pour qu'enfin les enseignants ne soient plus considérés comme des planqués privilégiés et reste aussi à débattre, à réfléchir à des réformes, à des changements qui palieront aux limites que rencontre notre système tout en respectant les missions initiales des enseignants.
1 Information Reuters diffusée sur Yahoo, article intitulé « grêve bien suivie dans le second degré », lundi 18 décembre 2006, 13h55.
2 CNGA, FEP-CFDT, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SNALC-CSEN, SNCL-FAEN, SNEP-FSU, SNES-FSU, SNETAA EIL, SNFOLC, SNPEFP-CGT,SNUEP-FSU, SUD-EDUCATION, SUNDEP, UNSEN-CGT
3Les professeurs assurant des cours dans les classes à examen (première et terminale, classes préparatoires...) ou ayant la responsabilité du laboratoire bénéficiaient d'une heure de décharge.
4 L'Union Nationale du Sport Scolaire est une fédération multisports ouverte à tous les jeunes collégiens et lycéens scolarisés. Elle a pour objet d' organiser et développer la pratique d'activités sportives, composantes de l'éducation physique et sportive et l' apprentissage de la vie associative par les élèves qui ont adhéré aux Associations Sportives du second degré. (Article premier des Statuts de l'UNSS). Les enseignants d'éducation physique dispensent 17 heures de cours et 3h d'UNSS. Voir le site http://www.unss.org/index.htm
5 Interview diffsuée sur France Inter, le lundi 18 décembre, flash info de 19h00.
Il est bien triste qu'un homme politique aussi important n'ait pas de déclaration à faire à l'annonce de la mort de Pinochet.
Merci M. Gérard Filoche d'avoir réagi et de ne pas avoir laissé un silence ambigü sur la plateau de Moati.
Pour marquer le coup, je vous propose donc deux oeuvres proposées par deux artistes, qui n'ont pas attendu le décès du général pour condamner ses actes... puisque apparement, c'est aux artistes de se saisir d'un espace de parole déserté par les politiques...
Il y a d'abord le court-métrage de Ken Loach réalisé en 2001 dans le cadre du projet du producteur français Alain Brigan. Le film réunit des réalisateurs du monde entier, afin d'avoir leur vision des évènements du 11 septembre 2001 à New York et Washington, chaque court métrage devant durer 11 minutes, 9 secondes, et 1 image (par allusion symbolique à la date du 11/09/01). L'objectif visé était de proposer une vision alternative multiple à la vision unique répétée en continu par les médias officiels.
Ce court métrage met en scène un Chilien vivant en Angleterre, qui écrit une lettre où il se souvient d'un autre 11 septembre : le 11 septembre 1973. C'est ce jour que Salvador Allende, dirigeant socialiste du Chili, a été éliminé par la junte militaire menée par le général Augusto Pinochet soutenu par la CIA. Pour le réalisateur, ce 11 septembre était aussi un attentat contre une nation, et un attentat lancé par les États-Unis.
Et puis, il y a les paroles d'une chanson que Sting avait écrite en 1987, ému par ces veuves et ces orphelines qui se réunissaient régulièrement pour dancer sur les places du Chili en brandissant les photos de leurs hommes qui ont "disparu" sous le régime de Pinochet.
"They Dance Alone"
Why are there women here dancing on their own?
Why is there this sadness in their eyes?
Why are the soldiers here
Their faces fixed like stone?
I can't see what it is that they dispise
They're dancing with the missing
They're dancing with the dead
They dance with the invisible ones
Their anguish is unsaid
They're dancing with their
fathers
They're dancing with their sons
They're dancing with their husbands
They dance alone They dance alone
It's the only form of protest they're allowed
I've seen their silent faces scream so loud
If they were to speak these words they'd go missing too
Another woman on a torture table what else can they do
They're dancing with the missing
They're dancing with the dead
They dance with the invisible ones
Their anguish is unsaid
They're dancing with their fathers
They're dancing with their sons
They're dancing with their husbands
They dance alone They dance alone
One day we'll dance on their graves
One day we'll sing our freedom
One day we'll laugh in our joy
And we'll dance
One day we'll dance on their graves
One day we'll sing our freedom
One day we'll laugh in our joy
And we'll dance
Ellas danzan con los desaparecidos
Ellas danzan con los muertos
Ellas
danzan con amores invisibles
Ellas danzan con silenciosa angustia
Danzan con sus pardres
Danzan con sus hijos
Danzan con sus esposos
Ellas danzan solas
Danzan solas
Hey Mr. Pinochet
You've sown a bitter crop
It's foreign money that supports you
One day the money's going to stop
No wages for your torturers
No budget for your guns
Can you think of your own mother
Dancin' with her invisible son
They're dancing with the missing
They're dancing with the dead
They dance with the invisible ones
They're anguish is unsaid
They're dancing with their fathers
They're dancing with their sons
They're dancing with their husbands
They dance alone
They dance alone
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